"C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule."


12.12.12

I ♥ mon libraire !



Parce que quand tu vas chez lui, il te connaît et même, il se souvient que c'est pas la peine de te proposer le dernier Marc Levy. Parce que si t'achètes "50 shades of Grey" en catimini, il va pas t'envoyer un mail en majuscule pour TE DEMANDER SI ÇA T'A PLU et te faire une offre spéciale mummy porn, deux pour le prix de deux. Parce que parfois, il est beau. Et s'il est pas beau, il est drôle. Et s'il est pas drôle, il est souriant. Et s'il est pas souriant, ben c'est pas grave. Tu en changes. Parce que chez mon libraire, c'est pas plus cher. Parce que j'aime les librairies spécialisées. Parce que c'est pas sur Internet que tu pourras te faire dédicacer le dernier Benjamin Chaud.

Parce que le livre n'est pas un bien de consommation comme un autre et que les gens qui ont le courage de se battre pour qu'il continue d'exister méritent qu'on se batte pour qu'ils continuent à gagner correctement leur vie.



Et si tu veux en savoir plus, je te conseille d'aller faire un tour chez Eliabar, chez Gaëlle, chez , chez Bauchette, chez This Pretty things...

6.12.12

J'aime June Carter, je l'aime.


[Comme ici, je te propose la traduction intégrale d'un billet de Letters of Note qui m'a particulièrement touchée...]



Johnny Cash et June Carter se sont mariés le 1er mars 1968. Leur union a duré jusqu'à la mort de June, 35 ans plus tard. Les deux lettres ci-dessous ont été écrites par Cash - la première à June en 1994, à l'occasion de son 65ème anniversaire, et la seconde peu après sa mort, en 2003.

Johnny Cash s'est éteint deux mois plus tard, quatre mois après sa femme.

23 juin 1994

Odense, Danemark.

Joyeux anniversaire Princesse,

On vieillit et on s'habitue l'un à l'autre. On pense pareil. On lit dans l'esprit de l'autre. On sait ce que veut l'autre sans le lui demander. Parfois, on s'irrite un petit peu l'un l'autre. Peut-être que parfois, on considère que tout ça va de soi.

Mais de temps en temps, comme aujourd'hui, j'y réfléchis et je mesure la chance que j'ai de partager ma vie avec la femme la plus extraordinaire que j'ai jamais rencontrée. Tu continues de me fasciner et de m'inspirer. Tu me tires vers le mieux. Tu es l'objet de mon désir, la raison terrestre n°1 de mon existence. Je t'aime très fort.

Joyeux anniversaire Princesse.

John



11 juillet 2003
midi

J'aime June Carter, je l'aime. Oui, je l'aime. J'aime June Carter je l'aime. Et elle m'aime.
Mais c'est maintenant un ange et pas moi. C'est maintenant un ange et pas moi.


14.11.12

Devinette II


Enivrée par l'enthousiasme délirant que tu as manifesté il y a quelques mois, lorsqu'il a fallu résoudre la devinette posée ici-même (clic), je me propose de réitérer l'expérience. Et comme j'ai l'âme d'un auteur classique, je tiens à conserver l'unité de temps, de lieu et surtout d'action. Nous allons donc à nouveau nous attacher à analyser une oeuvre commise réalisée par la chair de ma chair, la lumière de ma vie, le seul et l'unique, j'ai nommé... le Pois chiche. Attention, tant de beauté pique parfois les yeux sensibles.

Mais comme je te sais vénale, je me suis cette fois résignée à t'offrir un peu plus que mes sincères félicitations ou la vague promesse d'une baignade dans mon futur penthouse parisien. Or donc, si tu parviens à deviner ce que représente l'objet mystère ci-dessus, sache que je te fabriquerai un cadeau moi-même, de mes blanches mains. Autant te dire que tu comprendras alors d'où ma progéniture tient son talent pour les travaux manuels. Et pour voir jusqu'où va ta confiance, je te réserve la surprise quant à la nature exacte du cadeau. Voilà, à toi de jouer. J'attends tes théories éclairées sur le schmilblick. Tu as le droit de poser des questions auxquelles je répondrai directement dans les commentaires.

Edit : ll a des crocs impressionnants, une affreuse verrue sur le nez, des yeux oranges, une langue toute noire et un dos couvert d'affreux piquants violets... C'est bien sûr le Gruffalo ! Bravo donc à Ktl, qui remporte le fameux cadeau surprise. Mais je n'en dis pas plus, préservons le suspense jusqu'au bout.
Merci à toutes d'avoir participé, sauf à La Sucrette dont j'ai noté le nom dans mon carnet noir et à la Blonde dont je ne note rien du tout puisqu'elle y est déjà, dans mon carnet noir, depuis qu'elle m'a traitée de Sarkocyclope...

26.10.12

The Big Picture



Bon, je ne te cache pas que depuis que le Pois chiche est scolarisé, les rentrées sont devenues plus rock'n'roll par ici. Surtout quand j'arrive à Paris le 2 septembre sans même avoir commencé à chercher la perle qui ira récupérer mon fils et sa copine la Croquette à la sortie de l'école et qui les divertira intelligemment tout en les empêchant de mettre sens dessus dessous la chambre, qui est après tout la seule pièce encore à peu près salubre de notre appartement. Tu peux me croire, c'est un challenge.

Pourtant, les candidats ne manquent pas... Il y a, par exemple, la fille qui n'est jamais venue à l'entretien et à qui j'ai laissé un message furibard parce qu'elle n'avait même pas daigné nous prévenir. Réponse de l'intéressée quelques siècles heures plus tard : "Dslé, G pas pu aplé G plus de forfait." Il y a aussi celle qui avait l'air super et que je voulais à tout prix, mais que l'agence avait déjà placée ailleurs. Celle qui ne pouvait pas le jeudi. Celle qui pouvait, mais plus tard. Celle qui avait trouvé une famille plus près de chez elle. Celle qui était pleine de bonne volonté mais qui habitait à Pétaouchnoc et qui est arrivée très en retard à l'entretien parce qu'elle avait eu un problème dans le RER... Il y a enfin le jeune homme aux très grosses lunettes qui m'a raconté sa vie. Toute sa vie. Comment son père l'a abandonné à la naissance, comment la DDASS a décidé de le séparer de sa mère alcoolique, comment il a passé 15 ans en famille d'accueil, comment il souffre d'une grave maladie des yeux qui a failli le rendre aveugle (d'où les très grosses lunettes, si tu suis bien) et comment il est aujourd'hui le seul soutien de sa mère diabétique - mais sobre. Je te jure que je n'invente rien.

Qu'importe ! Tu persévères et bon an mal an, après quelques hauts et d'innombrables bas, tu signes enfin un contrat. A toi les après-midi de boulot ininterrompues et les déjeuners qui s'éternisent, la vie ne sera plus désormais qu'un long fleuve tranquille - te dis-tu, dans ton immense naïveté. Grossière erreur ! Tu viens d'entamer un parcours de rafting en apnée, petit scarabée. D'ailleurs, quand Machinette - appelons-la comme ça pour la commodité du récit - a fait une demande d'ajout Facebook à la maman de la Croquette à 17 h 09 dès le deuxième jour, on aurait dû se douter qu'il y avait une couille dans le potage.

Sans même parler des 7 000 textos qu'elle nous envoyait chaque soir pour poser toutes les questions les plus connes qui lui passaient par la tête : "Je suis perdue, où est le parc ? Le Pois chiche veut enlever ses chaussures, je peux lui mettre ses chaussons ? La Croquette est tombée, elle pleure, que dois-je faire ? Comment allume-t-on la télé ? Ah bon, pas de télé ? Comment allume-t-on la chaîne hi-fi ? Et pour mettre en marche le CD, je fais quoi ? Les enfants vous réclament, vous rentrez bientôt ? Vous aimez la tête de veau ? Et sinon, pensez-vous que la notion de progrès est toujours positive ?" Ah non, pardon ! Ça, c'était l'épreuve de philo au bac... Noyées dans ce flot d'interrogations existentielles, nous avons omis de nous poser LA vraie question. A savoir, où diable trouve-t-elle le temps de garder nos gamins, dans tout ça ?! Eh bien, elle avait tout simplement mis cet aspect-là du poste entre parenthèses.
Et comme la méthode Coué n'a qu'un temps, on a eu beau se répéter en boucle elle-est-bien-tout-va-bien, il a quand même fallu se rendre à l'évidence quand pour la troisième fois, des parents bien intentionnés nous ont signalé que les deux nains étaient livrés à eux-mêmes. Nos relations se sont ensuite rapidement détériorées, jusqu'au jour où le Brun est arrivé au parc plus tôt que prévu et qu'il a passé un bon quart d'heure à jouer avec le Pois chiche et la Croquette dans le bac à sable sans qu'elle lève un instant les yeux de son téléphone. Exit, Machinette.

Je te rassure, depuis on a retrouvé une jeune femme qui a l'air super et que les enfants adorent. Mais quand même, ça m'aura bien fait suer, cette histoire. Je n'ai d'ailleurs pas manqué de m'en plaindre ad nauseam à tous ceux qui avaient le malheur de m'adresser la parole, ces derniers temps.

Et puis, je suis tombée sur Liberté Egalité Maternité, le blog d'une sage-femme qui raconte ses missions humanitaires dans des pays en guerre. C'est parfois drôle, souvent émouvant. Voire bouleversant - comme ICI. Ça m'a - un peu - remis les idées en place.

28.9.12

Passing by...



Le temps me manque pour te narrer ma vie passionnante par le détail, mais je tiens tout de même à partager avec toi une pensée hautement philosophique. Figure-toi que j'ai été privée pendant deux jours de mon précieux, mon joli, ma vie... Et ne va pas croire que je te parle du Pois chiche, hein. Ce serait mal me connaître. Non, c'est mon téléphone qui m'a fait la mauvaise blague de bugger pendant une mise à jour. Et j'ai découvert une chose terrible :

Sans ma pomme, je suis nue comme un ver.

Sur ce, bon week-end.

4.9.12

Rentrée


Pas grand-chose à te raconter sur la rentrée, ça s'est plutôt bien passé. Rien à voir avec les adieux déchirants de la petite section... En arrivant devant l'école, j'ai vu une petite fille se précipiter vers nous les bras grand ouverts en appelant le Pois chiche comme si elle retrouvait son père biologique après l'avoir cherché toute une vie. Le Pois chiche lui-même semblait assez surpris, mais j'ai senti que ça démarrait sous de bons auspices. Ensuite, on est montés à l'étage et là, on a vu la nouvelle maîtresse. Tout à coup, les pères se sont découvert une passion dévorante pour la vie scolaire. Ils se bousculaient autour d'elle en la bombardant de questions. Oui, tu l'auras compris, la maîtresse est une bombe. Je sens qu'il y en a plus d'un qui va soudoyer son môme pendant le week-end pour obtenir son zéro-six...Sitôt entré, le Pois chiche m'a oubliée. Je suis restée un long moment assise sur un banc de 25 cm de haut, les genoux rangés derrière les oreilles, à me demander s'il allait y avoir une distribution de polycopiés, un discours, un strip-tease, que sais-je ? Mais après avoir attendu en vain les premières notes de "You can leave your hat on", j'ai fini par me résoudre à partir dans l'indifférence générale. Le Pois chiche a quand même agité une main nonchalante dans ma direction, avec le regard vague du type qui tente de se remettre un visage familier - "Ne me dites rien, j'ai son nom sur le bout de la langue !" ).

Comme je fais H Y P E R attention à ne pas traumatiser mes neurones après ces 3 semaines de vacances, j'avais prévu une petite séance de ciné avec Elle. Sauf qu'avec tout ça, j'ai raté le coche. Qu'importe ! Dix minutes plus tard, j'étais confortablement installée au café avec ma copine A. pour le débrief de la rentrée. Normal. Ensuite, on a fait le débrief de la soirée aux urgences une veille de rentrée avec sa fille qui s'était planté une écharde dans le pied sur mon parquet à 18 h. Et bien sûr, on a enchaîné sur le débrief des vacances, sur nos mecs, sur nos projets d'avenir, sur notre vision de la vie et sur la paix dans le monde. Bref, de fil en aiguille, on s'est séparées à midi. Comme je me sentais un peu coupable, j'ai mis le cap sur le boulot d'un pas rapide. Et puis, j'ai croisé Francis. Je ne crois pas t'avoir déjà parlé de Francis - qui préfère qu'on l'appelle Six Francs, "parce que 6 francs, ça fait même pas un euro..." C'est un SDF que je vois souvent vers Oberkampf, un vrai personnage. Il mériterait un billet à lui tout seul. Non seulement il est très cultivé, mais en plus il raconte toujours des anecdotes absolument incroyables. Comme cette nuit où il était tranquillement en train de se rouler un joint avenue Montaigne quand un couple s'est arrêté devant lui, intrigué par la canne à pêche qu'il avait à la main. Après leur avoir expliqué qu'elle lui servait à ferrer les passants généreux, Six Francs a lancé au type : "Et cette guitare que t'as en bandoulière, tu sais en jouer ou c'est pour la frime ?" La femme a traduit en anglais, l'homme a retiré sa guitare, il s'est assis sur un banc et il s'est mis à jouer. Six Francs a senti que ça le prenait aux tripes et très vite, il a vu des gens s'approcher les yeux écarquillés et le stylo à la main. C'était Bruce Springsteen (qui lui a quand même allongé 500 dollars, on a la classe ou on l'a pas !).

Et sinon, entre deux citations de Gibran, Six Francs m'a demandé : "Tu sais pourquoi Dieu nous a donné deux yeux et deux oreilles, mais une seule bouche ? Parce qu'il faut écouter et regarder deux fois plus qu'on ne parle." Moi je dis, heureusement qu'il m'a aussi donné VINGT doigts pour te raconter ma vie ici !

7.8.12

Blonde !


Ce matin, tout en commençant à faire ma valise dans ma tête [Petite digression : t'as remarqué que la préparation mentale de la valise est un concept exclusivement féminin ? La technique du Brun consiste plutôt à jeter dans le sac trois fringues choisies au petit bonheur la chance cinq minutes avant le départ - ce qui a le don de me rendre totalement hystérique. D'ailleurs les départs en général ont le don de me rendre hystérique. Et ça se lit en couches géologiques dans ma valise : d'abord un savant agencement de vêtements bien pliés ; puis un fouillis organisé de livres, de carnet de santé, de crèmes et de différents chargeurs ; et enfin, sur le dessus, un amas sauvage d'éléments rajoutés à la dernière minute "parce qu'il restait de la place". Ça peut aller d'un tee-shirt que je n'ai pas mis depuis ma dernière soirée au Palace - attends, t'as pas entendu parler du grand retour des 90's ? - à un bonnet pour le Pois chiche - tu sais qu'il peut faire hyper froid, à la mer ?! - en passant par une boîte d'Actron périmés, au cas où j'aurais la gueule de bois - je pars avec le nain, mais je suis optimiste. Je t'ai dit que les départs me rendaient hystériques ?] Donc, me disais-je, tout en préparant mentalement ma valise, avec ma nouvelle blondeur, ma taille de guêpe africaine et mon trikini qui pique les yeux, il ne me manque plus qu'une bouée rouge pour me la jouer jouer dans Alerte à Malibu...
Ah oui, c'est vrai que t'es pas au courant ! Je suis passée du côté blond de la force. J'ai même fait un tie-and-dye, si tu veux tout savoir. Je me suis assise dans un fauteuil massant et j'ai fermé les yeux et crispé très fort les orteils pendant que la coiffeuse alsacienne s'indignait en me parlant des gens qui pensent que Strasbourg est en Allemagne. J'avais envie de lui dire : "Ah bon, c'est pas en Allemagne ?" Mais j'ai pas osé, rapport au fait qu'elle tenait ma chevelure en otage et qu'elle n'avait pas l'air d'avoir le même humour que moi. D'après internet, le tie-and-dye, c'est "un balayage avec un effet de racines très profond. On laisse la demi-tête supérieure au naturel et on éclaircit le reste de la chevelure comme si on était allée au soleil." Et le plus génial, comme je l'ai expliqué au Brun en arrivant à la maison, c'est qu'il n'y a pas de racines quand ça repousse ! "Normal, m'a-t-il répondu, puisque tu as déjà des racines en sortant de chez le coiffeur."
Pour plus de précision, je devrais plutôt dire que je suis à moitié blonde. Ou encore que je suis brune de la demi-tête supérieure, si tu veux. Mais maintenant que j'y pense, dans Alerte à Malibu, il n'y avait pas tellement de brunes de la demi-tête supérieure ? Enfer et damnation ! Enfin, il me reste toujours une silhouette svelte à contempler dans les pupilles énamourées de mon Brun... Ah, on me signale dans l'oreillette qu'après avoir dîné au resto tous les soirs pendant les quinze jours que le Pois chiche a passé chez sa grand-mère et alors que je m'apprête à engloutir des quantités indécentes de pasteis de nata, de jambon fumé, d'arroz doce et de sardines grillées, je peux dire adieu au trikini. En même temps, c'est pas plus mal parce qu'à chaque fois que je lève les bras, je passe en mode topless. C'est utile sur la plage, mais ça peut s'avérer embarrassant quand t'amènes ton gosse à la piscine publique du coin.

Bref, tout ça pour te dire que je pars au Portugal avec mon nain sous le bras et en abandonnant lâchement le Brun-qui-n'aimait-pas-les-vacances à Paris. Alors à dans dix jours !
Comme disent les Rosbifs : "Be good.  And if you can't be good, have fun!"

25.7.12

Vacances #1



Il y a eu un long voyage en voiture, les premiers "Quand est-ce qu'on arrive ? C'est long, 5 heures ? Et maintenant, on est bientôt arrivés ?" du Pois chiche, l'embouteillage à Salbris, les chips et les cookies au chocolat jusqu'à écœurement pour faire passer le temps, la magie irisée d'un gigantesque arc-en-ciel qui n'en finissait plus de se déployer sous nos yeux, le jour qui décline et les copains qui nous attendent devant la maison ; il y a eu un étage entier sous les toits juste pour nous trois et un lit si grand que le Pois chiche semblait minuscule dedans, le bruit de ses pas et Jude-le-singe qui tintinnabule quand il vient nous rejoindre le matin ; il y a eu la première baignade de l'année, l'odeur de la crème solaire, les petites fesses nues du Pois chiche, ses côtes saillantes et ses bras que les brassards oranges écartent du corps, ses lèvres bleues quand il me soutenait en grelottant qu'il n'avait pas froid du tout ; il y a eu les apéros face au soleil couchant, la trompette de l'un, la guitare de l'autre, les enfants qu'on fait danser dans la lumière bleutée ; il y a eu les dîners pantagruéliques, les gambas au pastis, la fameuse sauce au gingembre, le carpaccio de courgettes, la saucisse de Toulouse, le chocolat au caramel au beurre salé, l'alcool de prune qu'ils buvaient comme du petit-lait et le citrate de bétaïne le lendemain ; il y a eu les parties de Uno, eux qui braillent et moi blottie dans un fauteuil avec le Gaza de Joe Sacco, trop prenant pour me laisser distraire par la vision fugitive du Brun cachant des cartes sous ses fesses ; il y a eu la fête foraine, la pêche aux canards, le mauvais vin rouge, la barbapapa, le Pois chiche serrant un Spiderman gonflable sur son cœur, un vide-grenier avec des Playmobiles ; il y a eu des nuages et même quelques gouttes de pluie, des humeurs fluctuantes, des siestes dans le hamac, une cabane dans un arbre, un vent propice au cerf-volant ; il y a eu la voiture à nouveau, la voix d'Amy Winehouse, un sandwich et un café sur une aire d'autoroute et puis voilà, on était de retour à Paris.


5.7.12

Ink


Je te le disais hier, je passe une bonne partie de mes journées à scruter le net à la recherche du tatoueur de mes rêves... Et tu peux me croire, il y en a vraiment des qui ont du talent. Bon, d'accord, le cygne en travers du torse (dont je n'ai pas retrouvé l'auteur), je ne suis pas sûre de l'assumer. Moi, je suis une rebelle pas énervée, tu vois. Je m'imagine plutôt avec des oiseaux et des fleurs. Sauf que 1) je voudrais quelqu'un qui me fasse le dessin lui-même et 2) ceux qui me plaisent sont souvent trop loin (David Hale et Jeff Gogue sont américains, par exemple).

David Hale



Jeff Gogue

Mais tu sais ce qu'on dit : il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions. C'est pourquoi, décidée à joindre l'utile à l'agréable, je me suis mis en tête de me faire tatouer par Peter Aurisch, un... Berlinois. Reste plus qu'à le convaincre (et à vendre un rein pendant les vacances, accessoirement).

Peter Aurisch
Peter Aurisch

Peter Aurisch

Tu lis ça le Brun ? Tu peux commencer à réviser tes déclinaisons allemandes, gniark gniark...

4.7.12

chapter two


Assieds-toi, ça va te faire un choc : figure-toi que pour une fois, je ne viens pas me plaindre... Je sais, on a peine à y croire. L'effet juillet, je vois que ça. Après avoir passé tout le mois de juin à râler contre la météo et le temps qui passe trop vite, je profite doucement des derniers jours de l'année scolaire pour anticiper avec un plaisir coupable sur les vacances. Comprendre : je repars un jour sur deux du bureau entre 14 h et 15 h 30 pour satisfaire à des obligations vitales, comme de passer l'après-midi à me faire masser le crâne chez le coiffeur. Et quand, par un malheureux concours de circonstances, je m'attarde devant mon écran, c'est pour chercher un tatoueur digne de ce nom. Heureusement, je suis clairement la chouchoute de la boss...
Du coup, je m'offre une deuxième jeunesse. Le week-end dernier, le Pois chiche est parti passer deux jours chez sa grand-mère, à la campagne. J'en ai d'abord profité pour aller voir un vieux groupe de rap français qui chantait ça au début du siècle.  J'avais pas fait de concert de rap depuis une bonne dizaine d'années et j'étais entourée de nostalgiques à la trentaine bien tassée. Je me suis sentie un peu vieille, hein. Mais c'était plutôt marrant. Ensuite, j'ai rejoint le Brun et ses copains menuisiers et on a passé le reste de la nuit à refaire le monde en discutant des mérites comparés de l'anarchie et de la démocratie.


Décidée à poursuivre sur cette belle lancée, je suis allée dîner lundi soir avec N. L'amie avec qui tu t'étrangles sur le grogue cap-verdien. L'amie des pâtes all'arrabiata de 6 h du mat. Celle avec qui tu passes du rire aux larmes. Celle qui est là le jour où le Brun rappelle parce qu'il veut te revoir. La première à qui tu dis : "Je suis enceinte !" Celle qui croit en toi parfois mieux que toi-même. Après un dîner bien arrosé, clôturé comme souvent par une grande déclaration d'amour réciproque à une heure pas très raisonnable, je suis rentrée à la maison sous une lune qui semblait tout droit sortie d'un film de loup-garou. Forte de mon expérience de la semaine dernière, je me suis discrètement faufilée dans le lit et je n'ai SURTOUT PAS ouvert la bouche, gardant pour moi mon estomac chaviré, mon haleine avinée et ma voix de Sue Ellen. Enfin hier, j'ai emmené mon Brun voir le concert des Zoufris Maracas à la Bellevilloise. Il nous a fallu un petit moment pour nous adapter à la température tropicale du lieu, mais j'ai fini par accepter l'idée de me fondre LITTÉRALEMENT dans le décor. La soirée était dédiée aux artistes du label Chapter Two et il y avait donc aussi Winston McAnuff avec Fixi, de Java. Winston n'a pas failli à son surnom d'Electric Dread, il s'est démené comme s'il était en transe, je dégoulinais rien que de le regarder... A chaque fois que je le vois en live, je me dis qu'un de ces quatre, il va nous faire un infarctus sur scène. Les Zoufris aussi avaient bien la patate, dans un autre style. On est ressortis de là moulus, avec le sourire collé aux lèvres, heureux de cette sortie en amoureux.


Bon, c'est pas tout ça, mais faut que je te laisse... J'ai un rendez-vous hyper important chez l'esthéticienne.

28.6.12

Destinée


 Tu y crois, toi, aux signes du destin ? Moi pas. Mais figure-toi que lundi, je suis passée faire des courses chez Monop' et à la faveur d'un instant de faiblesse, j'ai commencé à dériver vers le rayon des fringues pour enfants. Le truc potentiellement dangereux, tu vois. Tu entres pour acheter deux escalopes de poulet et tu ressors avec trois ticheurtes, un sac de plage, deux shorts, un Tan's et un bob. Et en arrivant chez toi, tu te rends compte que t'as oublié le poulet. Lundi donc, j'avais déjà une paire de petites tennis dans les mains et je m'apprêtais à mettre à mal mon portefeuille, quand une vieille dame s'est approchée de moi et m'a chuchoté en jetant des regards suspicieux aux alentours : "Ne prenez rien ! Les soldes sont dans deux jours !" Comme je me sentais coupable, j'ai essayé de me justifier : "Mais y en aura plus !" Bien sûr, tout le monde attend les soldes pour se jeter sur des tennis à 8 euros... Mais QUI crois-tu convaincre, Mme Clakpognon ? "Dans deux jours." a insisté la dame, d'une voix mystérieuse, avant de disparaître dans les rayons. J'ai continué à me promener avec mes tennis à la main, l'esprit ailleurs... Et soudain, elle a surgi devant moi : "N'oubliez pas ! DANS DEUX JOURS !" J'ai bien failli faire un infarctus au milieu des slips Petit Bateau. Le coeur battant, j'ai couru reposer les chaussures à leur place et je suis partie sans me retourner.

Deux jours plus tard, après moult tergiversations, j'entreprends de valider un panier exorbitant sur le site de La Redoute. Et là, c'est le drame. Nous sommes au premier jour des soldes et j'ai atteint ma limite autorisée de télépaiement pour le mois de juin. Si ÇA, c'est pas un signe, je veux bien aller danser le tango à claquette chez les Papous. Quand même, quand le destin s'adresse ainsi à toi, tu ne peux pas te contenter de l'ignorer.

Voilà pourquoi je suis retournée acheter les tennis ce matin






25.6.12

Comme un lundi


 Lundi matin, tu te réveilles grognonne, tu te cognes le petit orteil contre un coin de porte, tu regardes d'un oeil torve le frigo vide et le Pois chiche qui veut pas s'habiller et à 8 h 32, t'es déjà en train de brailler ton mantra quotidien : "Putain-on-est-en-retard ! Putain-on-est-en-retard ! On-est-en-retard- putain !" Ensuite tu sors avec tes nu-pieds et ton petit gilet jaune - "petit" n'étant pas ici un synonyme de mignon, mais plutôt de "les manches m'arrivent aux coudes et à moins de me faire une ablation des côtes, y a pas moyen que je ferme les boutons" - et tu découvres que "nuages et soleil", pour l'appli météo, ça veut dire qu'il fait 12 degrés sous un ciel plombé. Tu te dis que la prochaine fois, t'ouvriras la fenêtre plutôt. Y a des semaines, comme ça, tu sais que ça démarre mal.
Mercredi soir, tu rentres chez toi de méchante humeur, tu râles parce que le Pois chiche est crevé, qu'il chouine, qu'il veut pas se coucher et que t'es-en-retard-putain-t'es-en-retard. T'enfiles un jogging et tu pars au Pilates en courant. Malgré le crachin hivernal, tu sens que tu commences déjà à te détendre. Jusqu'à ce que ton prof chéri t'annonce qu'il s'en va parce qu'il n'a pas été payé depuis six mois. D'ailleurs, le loyer du studio n'a pas été payé non plus et il a vu de ses yeux l'avis d'expulsion. Il y a peu de chances que l'espace rouvre ses portes après les vacances. Alors autant dire que ton bel abonnement qui ne prendra effet qu'à partir du mois d'août, tu peux tranquillement t'asseoir dessus. Voilà voilà, maintenant allonge-toi et ne pense plus à rien.
Vendredi midi, tu traces pour finir un programme sur lequel t'es-en-retard-putain-t'es-en-retard. Et l'un des vieux croulants messieurs avec qui tu partages ton bureau t'appelle pour te montrer, un peu emmerdé, ta commande Smallable. Il n'avait pas vu que c'était pour toi alors il a ouvert l'enveloppe... aux ciseaux. En découpant un blouson Mini Rodini au passage. Un bref instant, tu t'imagines faire comme Lisbeth Salander et tatouer : "La prochaine fois, je mettrai mon monocle et j'enlèverai mes moufles avant d'ouvrir le courrier des autres" en travers de son crâne luisant, mais finalement tu repars plutôt voir si tu peux pas t'acheter une corde sur Internet. En même temps, si c'est Edward aux mains d'argent qui ouvre le paquet, ça va tout de suite être moins pratique, pour se pendre...


Ce soir-là, c'est donc la mort dans l'âme, résignée d'avance à me prendre rapidement une nouvelle tuile sur le coin de la tête, que je me suis traînée jusqu'au resto choisi par la Blonde : Yoom. Et soudain, j'ai vu la lumière au bout du tunnel. Je me suis enfin DÉ-TEN-DUE. J'ai bien essayé de convaincre Mme Gloubi d'emporter les suspensions qui lui plaisaient tant histoire de faire diversion le temps que je mette les assiettes dans mon sac, mais elle n'a rien voulu entendre. Du coup, je me suis gavée de bouchées à la vapeur succulentes. Oh là là, je te recommande particulièrement les boulettes thaï pimentées aux crevettes. J'ai aussi pris un dessert, mais je serais bien incapable de me rappeler ce que c'était. Juste que je me suis régalée. On est ressorties de là en se disant qu'il nous fallait au moins un dernier verre pour clore dignement cette excellente soirée et c'est seulement une fois à la maison, quand j'ai éteint en vacillant la veilleuse du Pois chiche, que j'ai réalisé à quel point j'étais bourrée. A en croire le Brun - qui, pour une raison obscure, me raconte ça avec la voix de Sue Ellen - j'aurais juste eu le temps de dire : "J'vais être malaaaade, j'veux pas être malaaaaade" avant de sombrer dans un sommeil d'ivrogne. La grande classe, quoi.
Samedi il a fait un temps de rêve et ma soeur adorée m'a offert le sac dessiné par Olympia LeTan pour Claudie Pierlot. J'ai senti que je commençais sérieusement à remonter la pente.


Et enfin, dimanche, après être allés chez Emmaüs, on a nargué la pluie au milieu des souvenirs exotiques de la Blonde et de son Brun, en dégustant un clafoutis exquis accompagné d'une bonne bouteille de vin (le souvenir de la voix de Sue Ellen m'a quand même incitée à demander plutôt de l'eau gazeuse). Quant aux deux garçons, ils étaient dans un état de surexcitation avancée et après avoir méthodiquement dévasté la chambre du Lionceau, ils se sont lancés dans une oeuvre fortement inspirée de Jackson Pollock. Bref, un beau dimanche.


Moralité : Qui passe une semaine pourrie s'enivrera le week-end en bonne compagnie !


19.6.12

Réclame


Je fais un petit passage éclair entre un docu sur une jeune fille naturiste qui, au grand désespoir de ses parents, se balade à oilpé toute la sainte journée et un autre sur un type qui n'a jamais mis les pieds chez un boucher et se nourrit exclusivement d'animaux trouvés sur le bord de la route - une bonne petite brochette d'écureuil au BBQ, miam ! Petite note à toi-même : ne me lance pas sur le sujet du boulot si tu m'invites à un dîner très chic avec ta belle-mère.

Cela dit, tu aurais tort d'en profiter pour me rayer définitivement de ta liste d'invités - attention, transition ! - car depuis hier, je chatoie littéralement de mille feux et tu peux compter sur moi pour illuminer ta soirée. Mais ne me remercie pas, remercie plutôt les djinns de la blogosphère qui ont mis sur mon chemin une jolie créatrice au regard d'azur. J'avais déjà été séduite par ses créations au crochet et ses broderies délicieusement rétro pour Wooden, dont je t'ai parlé ici il y a un petit moment. J'ai même craqué pour le wooden bag, que je te montrerai un jour. Mais si j'avais pris rendez-vous avec elle dans un café parisien hier à midi, c'était surtout pour récupérer un bijou. Un sautoir repéré il y a quelques semaines sur son site et que j'avais baptisé in petto le-collier-qu'il-est-juste-parfait. En vrai, il ne s'appelle pas du tout comme ça, pour une raison que je ne m'explique pas encore... C'est tout simplement le sautoir Indian Summer. Mais tu admettras avec moi qu'évoquer l'été indien en novembre, ça fait un brin mal au cul. D'ailleurs, ne va pas t'imaginer que Severin est parfaite : je la soupçonne fortement de passer plus de temps à boire des boissons alcoolisées qu'à faire de nouveaux bijoux. Ce qui explique pourquoi les boucles sublimes qu'elle avait hier aux oreilles ne sont pas encore disponibles chez Curioser & Curioser sa petite boutique ! T'entends, Severin ? Gimme more, fainéante !


Avec ces quelques gouttes d'or sur ta peau, tu seras parée comme la reine de Saba.  Et normalement, si tu suis bien tous mes conseils et que tu te laves les cheveux à l'eau de source du Pérou, tu as déjà de la soie sauvage sur la tête. Alors, c'est kiki qui sera la plus belle pour aller danser sur le nouvel album de Regina Spektor, ce soir ?

14.6.12

Créa'tif


 En ce moment, je suis en pleine effervescence... Je crée, je crée, je crée. C'est bien simple, on ne m'arrête plus. Par contre, je dois reconnaître que je reste assez lente, créativement parlant. Pour tout te dire, la dernière fois que je me suis lancée dans un pull pour le Pois chiche, à l'époque où il mesurait moins d'un mètre les bras en l'air, ça a fini... Ben, ça n'a pas fini, en fait. Il m'attend toujours sagement dans son petit sac (le tricot, pas le Pois chiche), accroché à la poignée de la porte du salon. Précisons tout de même qu'à côté de mes aiguilles, un coton-tige a des faux airs de Rocco Siffredi. Je suppute hein : tu imagines bien que je n'ai jamais vu le membre de Rocco Siffredi... Ou alors uniquement à l'époque où j'avais une carte noos piratée qui me donnait accès à TOUTES les chaînes câblées. Je t'ai déjà parlé de la version porno d'Olive et Popeye ? Un grand moment de télévision. Mais je m'égare. Le fond du problème, c'est surtout que si je sais - à peu près - tricoter, je ne sais pas du tout DÉ-tricoter. A la moindre erreur, je suis bloquée. Soit j'apporte le schmilblick à ma mère et je fais semblant de ne pas voir quand elle reprend les trous en douce, soit je laisse tomber. Généralement, je laisse tomber.


Mais figure-toi que la semaine dernière, j'ai été invitée pour la première fois de ma vie à un tricothé (je te laisse visualiser la tête du Brun quand je lui ai annoncé que j'allais passer l'après-midi à boire du thé avec des filles et qu'on allait toutes tricoter de concert... Je crois que c'est uniquement la longue expérience que j'ai acquise sur le câble qui m'a permis de sauver notre couple). Au départ, j'avais prévu de venir avec mon bracelet brésilien. Ah, je t'ai pas dit que je m'étais remise aux bracelets brésiliens ? Je crée, je crée, tu vois. Et puis et puis... Peur du ridicule ? Envie de me dépasser ? Émulation ? Nul ne le saura jamais, mais j'ai replongé. Sauf que cette fois-ci, je tricote avec des GROSSES aiguilles. Et de la GROSSE laine. Au point mousse. Et toujours pour le Pois chiche. J'ai donc bon espoir de te mettre une photo pour Noël.

Bon, je m'éparpille complètement. Parce qu'à la base, ce que je voulais, c'était te parler de mes tifs. Après avoir longuement compilé toutes sortes de tresses ultra-sophistiquées sur Pinterest, je me suis enfin lancée dans les travaux pratiques. Avant-hier soir, on a retrouvé des copains au resto, mais je crois bien que j'ai passé ma soirée aux toilettes à admirer ma coiffure. Jusqu'au moment où je me suis rendu compte que mon voisin de table était un dealer de veuch. Oui, oui, tu as bien lu. Il gagnait sa vie en achetant et en vendant des cheveux. Crois-moi si tu veux, mais le commerce des extensions est un métier à haut risque. Le trafic de diamants, à côté, c'est du pipi de chat. J'ai découvert que le mec s'était fait BRAQUER en Amérique du Sud parce qu'il avait essayé d'acheter des cheveux sans passer par ses intermédiaires habituels. JE TE JURE que je n'invente rien. Un vrai pro : il m'a jaugée d'un simple coup d'oeil : "Mouais... Le cheveu est pas mal, il y a une belle masse. Mais c'est sec, tout ça. Tu n'entretiens pas assez." Il m'a même confié LE secret du cheveu. Et comme je suis pas chienne, je veux bien partager. Tu misais tout sur l'alimentation, la brosse ou l'après-shampoing ? Que nenni, malheureuse ! Le secret du cheveux, c'est l'eau. Lave-toi la tête à l'eau minérale et ta toison sera aussi soyeuse que celle de Lassie. Ne me remercie pas, c'est cadeau.



PS : toi qui as débarqué ici en tapant "membre", "rocco siffredi", "chienne" et "toison soyeuse" sur googeul, ne sois pas trop déçu. La prochaine fois, je te raconterai Olive et Popeye...

11.6.12

Un ami dans ton assiette


 A la maison, le repas du Pois chiche a longtemps été un cas de casus belli. A l'époque, mon univers tout entier tournait autour du nombre de cuillerées que je parvenais à lui faire ingurgiter. "Un enfant ne se laissera jamais mourir de faim." Si tu savais combien de fois je me suis promis de planter mes ongles dans les yeux pétris de certitude du prochain qui me sortirait cette phrase maudite ! Hélas, les bonnes manières ont la vie dure et je n'ai jamais émis la moindre petite insulte de rien du tout, pas même un minuscule "Ferme ton bouche !" qui m'aurait pourtant bien soulagée... Parce que oui, je sais, beaucoup d'enfants passent par une phase de rejet de la nourriture généralement transitoire. Oui, je sais, il ne faut SURTOUT pas s'énerver, malheureuse ! Sinon, il sera anorexique à 13 ans et obèse à 28. Je sais, je sais, je sais tout ça. Moi aussi, j'ai lu Laurence Pernoud - et pas en résumé dans "L'éducation pour les Nuls", hein. Le texte original, s'il te plaît.

Mais il n'y a RIEN de plus culpabilisant que de ne pas réussir à nourrir son gosse. Enfin si, il y a encore plus culpabilisant que de ne pas réussir à nourrir son gosse : ne pas réussir à nourrir son gosse ET lui hurler dessus. En vain. Le Brun essayait de me raisonner et je savais qu'il avait raison, mais c'était plus fort que moi. D'ailleurs, le Pois chiche voulait systématiquement que ce soit moi qui le fasse manger. Et les rares fois où je me résignais péniblement à ne pas m'en mêler, je ne pouvais pas m'empêcher de leur rôder autour pendant tout le repas, prête à disjoncter. Ça a duré comme ça pendant plusieurs mois. Le nain se nourrissait exclusivement de yoghourts. Alors OK, il n'est pas mort de faim, mais il a dû prendre 1 kg en un an. Ça va qu'il avait un triple menton de la marge, parce qu'il est passé du sommet de la courbe au ras des pâquerettes. A la crèche, ils ont fini par me conseiller de l'emmener voir la psychologue. Pourtant, tu peux me croire, j'ai tout essayé : le pire comme le meilleur. J'ai fait l'avion, j'ai crié, j'ai cajolé, j'ai menacé de le priver de dessert, j'ai crié, j'ai servi des pâtes à tous les repas, ouvre le garage, j'ai supplié, j'ai crié, j'ai concocté des oeuvres d'art dans l'assiette, j'ai crié, j'ai fait la moto, j'ai raconté des histoires, j'ai tempêté, j'ai crié, j'ai crié, j'ai crié... Je sens que tu vois où je veux en venir là, non ? Mais moi, ça m'a pris un petit bout de temps. J'ai eu le déclic un soir où je me suis retrouvée assise sur le canapé, en larmes, après l'avoir couché pour la seule et unique fois de sa vie sans histoire, sans chanson, sans bisou, sans rien du tout. Et le ventre vide.

Alors j'ai arrêté de crier. C'était à la fois tout simple et incroyablement difficile... Le lendemain, quand le Pois chiche a - comme d'habitude - repoussé l'assiette de la main avec un "Non !" sans appel, j'ai juste dit : "D'accord." Stupéfaction de l'enfant. J'ai enfin réalisé à quel point le repas était devenu un rapport de forces entre nous deux. Il a insisté, très contrarié : "Non, maman ! Non !" Au cas où j'aurais mal entendu sa déclaration de guerre quotidienne. "D'accord, tu n'en veux pas. C'est pas grave, on va passer au dessert." Et puis voilà, c'était fini.

Il a recommencé à manger petit à petit. On ne peut pas dire qu'il a un appétit d'ogre, mais il goûte tout ce qu'on lui donne. Et quand il n'en veut plus, il arrête. Tout ça pour dire que si j'habille notre ami de l'assiette, c'est surtout pour toi. Parce que lui, en vrai, il n'en a strictement rien à battre...


La participation du Brun, mon idole...

PS : Billet inspiré par cette photo chez Céline - qui est nettement plus inventive que moi, je dois dire.
PS2 :  Si tu veux t'amuser aussi, tu peux acheter l'assiette Food Face .

6.6.12

A mon ancien maître


















 [J'ai découvert récemment Letters of Note, un blog qui, comme son nom l'indique, publie des lettres exceptionnelles. Certaines ont été écrites par des gens connus, d'autres par des gens qui ne l'étaient pas encore et d'autres encore par des inconnus. Parfois elles me touchent, parfois elles me font rire. Le billet qui suit et que j'ai traduit dans son intégralité est le premier sur lequel je suis tombée. Depuis, je suis fan. 
Et si tu es Mexicaine et que tu t'appelles Agnès, je tiens à te signaler que la dernière lettre publiée est de Patty Smith...]

En août 1865, un colonel P.H. Anderson, de Big Spring, dans le Tennessee, écrivit à son ancien esclave, Jourdon Anderson,  pour l’inviter à revenir travailler sur sa ferme. Jourdon – qui, depuis son émancipation, était parti dans l’Ohio, avait trouvé un emploi salarié et subvenait désormais aux besoins de sa famille – lui fit une réponse remarquable dans la lettre ci-dessous (et qu’il avait, d’après les journauxde l’époque, dictée.)

Plutôt que de souligner les nombreux passages savoureux, je me contenterai de vous laisser apprécier la lettre. Assurez-vous de la lire jusqu’au bout.

EDIT : Allez voir chez Kottke pour découvrir brièvement ce qu’il est advenu de Jourdon et de sa famille par la suite.

(Source : The Freedmen’s Book. Image : Un groupe d'esclaves en fuite en Virginie en 1862, avec l'aimable autorisation de la Bibliothèque du Congrès américain)

Dayton, Ohio,

7 Août 1865

A mon ancien maître, le colonel P.H. Anderson, Big Spring, Tennessee

Monsieur : j’ai reçu votre lettre et j’ai découvert avec plaisir que vous n’aviez pas oublié Jourdon et que vous vouliez que je revienne vivre avec vous, promettant que vous pouviez faire plus pour moi que n’importe qui d’autre. J’ai souvent pensé à vous avec gêne. Je croyais que les Yankees vous avaient pendu il y a bien longtemps après avoir découvert que vous aviez caché des rebelles chez vous. J’imagine qu’ils n’ont jamais rien su de votre virée chez le colonel Martin pour tuer ce soldat de l’Union que sa compagnie avait laissé dans leur étable. Bien que vous m’ayez tiré dessus à deux reprises avant que je vous quitte, je ne vous souhaitais pas d’être blessé et je suis heureux de vous savoir toujours en vie. Ce serait bien de retourner dans notre chère vieille maison et de revoir Mlle Mary et Mlle Martha, Allen, Esther, Green et Lee. Transmettez-leur à tous mes amitiés et dites-leur que nous nous reverrons dans un monde meilleur, sinon dans celui-ci. J’aurais aimé revenir vous voir tous quand je travaillais à l’hôpital de Nashville, mais un voisin m’a dit qu’Henry était décidé à m’abattre s’il en avait l’occasion.

Je veux savoir en quoi consiste exactement la bonne proposition que vous me faites. Je m’en sors raisonnablement bien, ici. Je gagne vingt-cinq dollars par mois, avec la nourriture et les vêtements ; j’ai une maison confortable pour Mandy, - les gens d’ici l’appellent Mme Anderson – et les enfants – Milly, Jane et Grundy – vont à l’école et travaillent bien. L'instituteur dit que Grundy ferait un bon prédicateur. Ils vont à l’école du dimanche et Mandy et moi, nous allons régulièrement à la messe. On nous traite décemment. On entend parfois dire : « Ces gens de couleurs étaient esclaves là-bas, dans le Tennessee. » Les enfants se sentent blessés par ce genre de propos, mais je leur réponds que ce n’était pas une honte dans le Tennessee d’appartenir au colonel Anderson. Beaucoup de moricauds auraient été fiers, comme je l’étais, de vous appeler maître. Maintenant, si vous m’écriviez pour me préciser quelle rémunération vous envisagez de me donner, je serais plus à même de décider s’il est dans mon intérêt de revenir.

Quant à ma liberté, dont vous dites que je peux l’avoir, il n’y a rien à gagner de ce côté, puisque j’ai obtenu mon titre d’affranchissement en 1864, de la main du maréchal prévôt de Nashville. Mandy proteste qu’elle aurait peur de revenir sans avoir la preuve que vous nous traiterez de façon équitable et décente ; nous avons donc convenu d’éprouver votre sincérité en vous demandant de nous envoyer nos gains pour la période pendant laquelle nous vous avons servi. Cela nous permettra de solder les vieux comptes et de nous fier à votre équité et votre amitié à l’avenir. Je vous ai servi fidèlement pendant trente-deux ans, et Mandy pendant vingt ans. A vingt-cinq dollars par mois pour moi et deux dollars par semaine pour Mandy, nos émoluments s’élèvent à onze mille six cent quatre-vingts dollars. Ajoutez à cela les intérêts pour tout le temps où vous avez retenu nos gains et déduisez ce que vous ont coûté nos vêtements, ainsi que les trois visites du docteur pour moi et la dent arrachée de Mandy, et la différence vous dira ce à quoi nous avons droit en toute justice. Merci d’envoyer l’argent par Adams Express, aux bons soins de Monsieur V. Winters, Dayton, Ohio. Si vous ne nous payez pas les loyaux services passés, nous ne pourrons avoir qu’une confiance réduite dans vos promesses pour l’avenir. Nous sommes sûrs que le Créateur vous a ouvert les yeux sur le tort que vous et vos ancêtres nous avez fait, à moi et à mes ancêtres, en nous forçant à trimer pendant des générations sans la moindre récompense. Ici, je touche ma paie chaque samedi soir, mais dans le Tennessee, il n’y avait jamais de jour de paie pour les nègres, pas plus que pour les chevaux et les vaches. Le jour du jugement viendra sûrement pour celui qui prive le travailleur de ses droits.

Lorsque vous répondrez à cette lettre, merci de nous dire si ma Milly et de ma Jane seront en sécurité, car ce sont maintenant deux grandes et jolies jeunes filles. Vous savez comment ça s’est passé pour la pauvre Matilda et la pauvre Catherine. Je préfèrerais encore rester ici la faim au ventre – et même mourir, s’il le faut – plutôt que de voir mes filles exposées à la honte par la violence et la cruauté de leurs jeunes maîtres. Merci aussi de nous indiquer s’il y a des écoles ouvertes aux enfants de couleur près de chez vous. Mon plus grand désir aujourd’hui, c’est que mes enfants soient instruits et qu’ils développent de saines habitudes.

Dites bonjour à George Carter et remerciez-le de vous avoir ôté le pistolet des mains quand vous me tiriez dessus.

Votre ancien serviteur,

Jourdon Anderson
                                                                                                                             

4.6.12

Solution



Avant de mettre fin à ce suspense insoutenable - et je pèse mes mots - je tiens à te féliciter sans réserve. Enfin si, tout de même quelques réserves. Je ne citerai pas ton nom pour pas casser l'ambiance, mais si tu as évoqué un poux, un sarkocyclope, Buzz l'éclair ou tout autre monstre à la silhouette disgracieuse, pire encore si tu as émis l'idée que je serais vieille un jour, sache que j'ai noté ton nom dans mon petit carnet noir... J'dis ça j'dis rien.

Après cette brève mise au point, il s'agissait bien d'un portrait ma foi fort réussi de moi-même (la ressemblance avec Amélie Mauresmo est flagrante, non ?). Et je dois avouer que tu as largement prouvé tes talents de critique artistique, puisque non seulement tu m'as reconnue, mais tu as aussi noté la posture gracieuse de mes pieds et même discerné mes grands cheveux dressés en l'air : c'est vrai, il est temps que j'aille chez le coiffeur. Tout pourrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Hélas, me voilà dans l'obligation de mettre un bémol à cet éloge dithyrambique de ton sens de l'esthétisme. En effet, point de grande bouche ni de sac à main, mais bien plutôt... un bébé. Cardamone, soit tu as un super pouvoir, soit tu ES le Pois chiche ! Je ne vois pas d'autre explication. De toute façon, surtout, SURTOUT, ne me félicite pas. Car la triste vérité, c'est que dans mon ventre, il y a juste... du ventre.

Bref, je me suis mise au régime.*


 * Un régime DRA-CO-NIEN, comme La Blonde (t'as vu ces BO mortelles qu'elle s'est faites ?!) pourra en témoigner qui m'a vue résister à la carte ultra appétissante de la Chambre aux oiseaux, un endroit charmant sur les bords du Canal St Martin. Et j'ai même réussi à faire la fête jusqu'au bout de la nuit ce week-end sans boire une goutte d'alcool. C'est peut-être un détail pour toi, mais pour moi, ça veut dire beaucoup... Enfin, ça veut surtout dire que j'avais pas la gueule de bois le lendemain. Et ça, c'est appréciable.

1.6.12

Devinette



Le Pois chiche est assez monomaniaque, dans son genre. En gros, hors les figurines et les livres, point de salut. Tout le reste l'occupe rarement plus d'un (très) court instant. Mais il arrive quand même, en de rares occasions, quand je le menace de l'enfermer dans le placard, qu'il condescende à s'emparer d'un crayon et d'une feuille pour laisser libre cours à sa créativité. Et depuis quelques semaines, il commence en particulier à faire des bonshommes qui m'éclatent.

Aujourd'hui, j'ai décidé de tester ton sens artistique. Sauras-tu deviner ce que représente le chef-d’œuvre ci-dessus ? Si tu trouves la bonne réponse, tu gagnes... rien, en fait. Ou plutôt si, tu gagnes le droit de te vanter d'avoir été le premier à pressentir son talent une fois qu'il sera devenu riche et célèbre. Car dans ce monde bassement matérialiste, le sens artistique est une qualité qui se perd, ma bonne dame.

Ah oui et puis aussi, tu pourras venir faire un petit plongeon dans notre piscine olympique, au fond du jardin, à droite après le cours de tennis, derrière la maison que m'aura acheté mon fils en vendant son premier tableau. Mais je m'égare... A toi de jouer.

30.5.12

Les aventuriers


Contrairement à ce qu'on pourrait croire, habiter dans le Marais a aussi des inconvénients, dont le moindre n'est pas le rétrécissement progressif de ton univers. Après tout, pourquoi se déplacer quand le monde est à portée de main, avec ses musées, ses cafés, ses parcs et ses magasins ouverts le dimanche ? Alors tu vis tranquillement ta vie dans un mouchoir de poche, jusqu'au jour où tu finis par prendre une gourde et une lampe frontale pour passer l'après-midi à la Villette. Alors que chacun sait qu'il suffit d'un sac banane et de quelques travellers chèques pour voyager l'esprit tranquille.


Mais dimanche matin, prise de nostalgie au souvenir de l'époque où je prenais encore le RER parce que j'étais trop une ouf dans ma tête, j'ai décidé de laisser parler le Crocodile Dundee qui sommeille en moi et j'ai entraîné mon Brun et mon Pois chiche... au musée du quai Branly. C'était la première fois qu'on y allait et malgré une expérience assez pénible au café - i.e. deux heures d'attente pour manger une mauvaise salade à 17 euros - j'ai adoré cet endroit ! L'idée, c'était de commencer par Les Maîtres du désordre, une exposition temporaire sur le désordre du monde et les tentatives humaines pour le réguler. Jusqu'à ce qu'un gardien m'annonce que c'était déconseillé aux moins de dix ans. Alors on a hésité. Jusqu'à ce que le type qui vendait les billets m'affirme qu'on pouvait très bien éviter les quelques œuvres susceptibles de choquer les enfants. Alors on s'est réjouis. Jusqu'à ce que la jeune fille à l'entrée de l'expo se récrie que c'était déconseillé aux moins de 14 ans. Alors... dites les gars, vous pourriez vous mettre d'accord, là ?!
Bref, on a renoncé à voir les Maîtres du désordre et on s'est dirigés vers la collection permanente. Verdict : tout est magnifique et la scénographie est parfaite ! Sache juste que c'est gigantesque. Le Pois chiche a tenu une bonne heure et on est loin d'avoir tout vu. Il est vrai qu'on a passé un long moment à s'extasier devant une espèce de grande pyramide humaine... jusqu'à ce que je réalise que la plupart des personnages étaient VRAIMENT très bien membrés et se témoignaient leur amitié dans les fesses. Bon le nain, et si on allait plutôt voir ces jolies têtes de mort ?

Pour achever en beauté notre parcours touristique, on est passés sous la tour Eiffel et on a admiré la vue en haut du Trocadéro. Et c'était bien.

Allez, c'est décidé : la prochaine fois je tente un arrondissement à deux chiffres.

25.5.12

Diagnostic différentiel


 Tu l'auras peut-être remarqué, mais ces derniers temps, je brille par mon absence virtuelle. Je pourrais t'expliquer que la jeune fille qui va chercher le Pois chiche à l'école m'a annoncé un jeudi qu'elle partait à l'étranger le lundi suivant et qu'elle n'avait pas encore pris son billet retour ; que je cours depuis un mois entre l'école, le bureau, le supermarché, l'école et la maison ; que je rêve de passer quinze jours d'affilée dans mon lit ; que non contente d'avoir travaillé tous les jours fériés de cette saleté de mois de mai, j'ai dû jongler entre les grands-mères, les sœurs, les amis et les inconnus recrutés au hasard dans la rue pour caser le nain... Bref, je pourrais te faire pleurer des rivières de larmes dans ta chaumière.
 Mais qu'il me suffise de t'annoncer que j'ai une sciatique.

Et comme dit mon père, la sciatique, c'est quand on en a plein le cul. CQFD.

27.4.12

La vie sauvage




Ici aussi, comme chez elle, il y a eu de la cousinade à gogo. Enfin,"ici"... Je me comprends, hein. Tu le sais, on a la chance d'avoir deux grands-mères très disponibles et assez extraordinaires, chacune à sa manière. Cette fois, c'est ma mère qui est partie à la campagne avec tous les cousins. Dis comme ça, ça n'a l'air de rien. Mais si je te précise que les cousins, ça fait quand même sept enfants dont le plus jeune a 3 ans et demi et la plus âgée 17 ans, c'est tout de suite plus impressionnant, non ? Sans compter qu'il y avait aussi la copine d'une de mes nièces, plus le fils d'une amie de mes parents qui a l'âge du Pois chiche et qui a passé deux jours là-bas. Une vraie colonie de vacances.

Et tu peux me croire, pour eux, c'est le paradis. C'est simple, ils sont tout le temps en vadrouille. Il y a la cabane que mon père a fait construire dans un arbre, derrière la maison. Mais pas une cabane, genre trois morceaux de bois, nooooon. Une cabane avec deux lits de camps, à 6 mètres du sol, où on peut se raconter des histoires de loup-garou avant de s'endormir blotti sous les couvertures et transi d'effroi. Il y a le ruisseau, avec ses pierres de gué et sa cascade. Il y a la promenade dans les vignes, le pain sec qu'on emporte pour les brebis et qu'on grignote en cachette sur le chemin, les meules de foin qu'on escalade précautionneusement l'été, les descentes en luge, l'hiver quand il y a de la neige. Il y a la liste des sandwiches, qu'un des grands note sur une feuille en tirant la langue, et le panier pique-nique qu'ils emportent comme un trésor au fond du jardin. Il y a la valise que je ne peux pas m'empêcher de préparer, même si je sais parfaitement qu'elle puisera uniquement dans la réserve des vieux vêtements qui ont déjà servi aux autres et qui ne craignent plus rien. Il y a le bain qu'ils prennent à trois et l'ancien grenier, où ils dorment tous ensemble. Et au milieu de tout ça, il y a ma mère, qui habille, soigne un bobo, règle une dispute, prépare les sandwiches, range la maison,  organise une promenade, fait un atelier peinture sur œufs, va voir les vaches, aide à préparer un crumble, fait de la soupe, déshabille, raconte une histoire, monte une tisane à l'une, allume la veilleuse de l'autre. Ma mère qui n'arrête pas un instant...

C'est con, elle ignore l'existence de ce blog. Mais quand même, merci môman.

24.4.12

Perturbations passagères



Bon, je suis au fond du gouffre. Comme disait l'autre : "le monde est glauque et ça s'écrit G-2-L-O-Q, mon ami." Tu vas dire que je cherche, aussi. Et tu n'auras pas tort. Par exemple, hier, je ne sais pas ce qui m'a pris, je suis sortie en CHAUSSETTES sous la pluie... Oui oui, tu as bien lu. Bien sûr, j'avais des sandales autour. Mais il suffit de marcher dans une flaque d'eau pour comprendre que la sandale, c'est purement décoratif. Je devais avoir la tête ailleurs, je vois que ça. Mais c'est cette soirée électorale, aussi ! Voir Rachida Dati se mettre à racoler à l'extrême-droite dès dimanche soir en évoquant la nécessité de contrôler l'immigration, c'était presque aussi déprimant que de penser aux quelques six millions de personnes qui ont voté FN... Et le pire, c'est que ça ne m'a pas empêchée d'enchaîner sur la lecture de L'Elimination. Pourtant, il n'y avait pas tromperie sur la marchandise : quand t'achètes le livre dans lequel Rithy Panh (le réalisateur de S21 - la machine de mort khmère rouge) raconte ce qu'il a vécu entre 13 et 17 ans, sous le régime de Pol Pot, et comment il a survécu à toute sa famille, tu sais que ça va pas être une partie de franche rigolade. Mais ce qui m'a le plus foutu le bourdon, ce sont ses entretiens avec Duch, directeur de S21 et chef de la police politique du Kampuchéa démocratique. Je trouve qu'il n'y a rien de plus angoissant que d'être confronté à l'humanité qui est à la base des actes les plus inhumains. Bref, quand j'ai refermé le livre, j'avais bien le moral dans les chaussettes (mouillées). Et si la moindre pensée positive avait réussi à surnager dans le marasme général, elle a définitivement été balayée par l'article que j'ai lu ce matin dans le journal et qui décrivait les exactions insupportables commises par l'armée syrienne à Holms.
Je me dis que pour faire un enfant dans ce monde-là, il faut être inconscient. Ou très con.
Ou peut-être juste d'un incurable optimisme. D'autant qu'il suffit parfois de découvrir un groupe dont les chorégraphies déjantées semblent tout droit sorties de l'imagination de Michel Gondry pour reprendre du poil de la bête. Alors si toi aussi t'as besoin d'un peu de soleil dans l'eau froide, regarde donc les clips d'OK GO... (si vraiment t'as pas le temps de regarder les trois, je te conseille d'aller directement au dernier, mon préféré).








20.4.12

Lu en 2012 #2



La Délicatesse, de David Foenkinos

Ah, La Délicatesse... Quelle grosse déception. Je ne sais pas pourquoi, je m'attendais à autre chose. Peut-être parce que j'en avais lu beaucoup de bien. Ce n'est pas que je me sois ennuyée, je l'ai même lu d'une traite. Mais cette femme trop lisse, à laquelle on ne croit pas un instant, cette accumulation de dialogues un peu creux... Disons que c'est le genre de livre que t'achètes au Relai H. avant de prendre le train et que tu donnes une fois arrivée à destination. En même temps, je ne peux m'en prendre qu'à moi, parce que la quatrième de couverture est tout à fait représentative du reste du livre.
"François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. On sent qu'on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu'un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d'abricot, c'est parfait. Si elle choisit ça, je l'épouse... - Je vais prendre un jus... Un jus d'abricot, je crois, répondit Nathalie. Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité."


Des Vents contraires, d'Olivier Adam

J'ai été séduite par ce personnage à vif dont l'existence s'organise en creux, autour d'une mère absente et d'une mer omniprésente. C'est le premier roman d'Olivier Adam que je lis, mais j'avais énormément aimé l'adaptation ciné de "Je vais bien, ne t'en fais pas" et je crois que je vais m'attaquer au reste...
"Sarah a disparu depuis un an, sans plus jamais faire signe. Pour Paul, son mari, qui vit seul avec leurs deux jeunes enfants, chaque jour est à réinventer. Il doit lutter avec sa propre inquiétude et contrer, avec une infinie tendresse, les menaces qui pèsent sur leurs vies. Épuisé, il espère se ressourcer par la grâce d'un retour à Saint-Malo, la ville de son enfance."


Waterloo Nécropolis, de Mary Hooper

Waterloo Nécropolis attendait depuis très longtemps dans ma pile de livres à lire. Pour tout te dire, il faisait partie du panier garni gagné cet été chez la Soupe de l'Espace (mais si souviens-toi). Je n'arrivais pas à m'y mettre parce que j'ai toujours l'impression - un peu idiote - que la littérature jeunesse, c'est pour les jeunes (ne va pas en conclure que je suis vieille, hein...). Alors que je peux passer des heures dans les rayons de littérature enfantine. Va comprendre, Charles. Bref, j'ai fini par m'y mettre et je ne l'ai pas regretté. L'histoire est assez convenue et tu devines rapidement comment elle va se terminer, mais la description de Londres - en particulier de ses bas fonds - est formidable. Et au cas où les références humanistes de Mary Hooper ne seraient pas assez claires, il y a même une apparition éclair de Dickens en personne. Mais si, comme moi, tu préfères les romans pour jeunes adultes que pour jeunes jeunes (tu me suis toujours ?) et que le Londres du XIXè te fascine, je te conseille les excellents polars d'Anne Perry (surtout la série avec William Monk).
"Londres, 1861. Grace, presque 16 ans, embarque à bord de l'express funéraire Necropolis, en direction du cimetière de Brockwood, pour y dire adieu à un être cher.Elle fera là-bas une rencontre décisive en la personne de Mr et Mrs Unwin, entrepreneurs de pompes funèbres, qui lui proposent de devenir pleureuse d'enterrement. D'abord réticente, la jeune fille finit par accepter leur offre, après qu'elle et sa soeur Lily se retrouvent à la rue. Toutes deux ignorent encore qu'elles vont devoir faire face aux manigances de cette famille peu scrupuleuse, prête à tout pour s'emparer d'un mystérieux héritage..."



Les Anonymes, d'R.J. Ellory

Un polar assez complexe, peut-être un peu trop. L'histoire m'a tenue en haleine jusqu'à la fin, mais j'ai trouvé l'écriture moins originale que dans "Seul le silence". Et puis, si t'as vraiment envie de lire des choses sur les magouilles de la CIA pendant la guerre froide, je te conseille d'aller dévorer American Tabloïd, de James Ellroy. Presque le même nom, mais un cran au-dessus quand même.
"Washington. Quatre meurtres. Quatre mode opératoires semblables. Tout laisse à penser qu’un serial killer est à l’œuvre. Enquête presque classique pour l’inspecteur Miller. Jusqu’au moment où celui-ci découvre qu’une des victimes vivait sous une fausse identité, fabriquée de toutes pièces. Qui était-elle réellement ? Ce qui semblait être une banale enquête de police prend alors une ampleur toute différente, et va conduire Miller jusqu’aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain."


Feu de Camp, de Julia Franck

Feu de Camp s'ouvre sur le moment où Nelly et ses enfants passent la frontière pour entrer en Allemagne de l'ouest et c'est une scène magistrale, pour moi la plus réussie de tout le roman. Faute de moyens, la petite famille se retrouve parquée dans un camp de transit où le rêve d'une vie meilleure s'effiloche entre les interrogatoires des services secrets et les mesquineries de cette existence communautaire. Je ne te cache pas que si tu comptais sur Feu de Camp pour illuminer ce mois d'avril tout pourri, c'est mal barré... Personnellement, je l'ai lu par petits morceaux tellement c'est glauque. J'ai trouvé que l'intrigue avait un peu tendance à se perdre sur des chemins de traverse, mais tout ce qui touche au personnage de Nelly est très touchant et juste, et c'est quand même une période passionnante de l'histoire contemporaine. A lire, donc.
"Feu de camp Berlin-Est, fin des années soixante-dix : une jeune femme dont la beauté classique et la tranquille détermination suscitent partout la curiosité a obtenu de passer à l’Ouest avec ses deux enfants Aleksej et Katja. Après avoir affronté les mille et une menaces et humiliations qu’infligeait la RDA à ces candidats au départ, voici Nelly Senff au pays de l’abondance et de la liberté. Mais l’Ouest, c’est d’abord pour les réfugiés la promiscuité d’une chambre partagée avec des inconnus au camp de Berlin Marienfelde et un avenir incertain. Sans compter les interrogatoires soupçonneux et sans fin de la CIA."

27.3.12

Oedipe shmoedipe !



C'est un rituel. Quand il sort du bain, avec ses cheveux encore humides et sa bonne odeur de propre, mon Pois chiche se glisse avec délice sous notre couette le temps que j'aille chercher son pyjama. Hier, alors que je me penchais vers lui pour lui passer le haut, il a noué ses bras autour de mon cou et il a déclaré :

- Moi, je suis ton amoureux.
- Non, chaton. Mon amoureux, c'est papa.
- Mais tu es quand même ma maman ?
- Oui, je serai toujours ta maman. 
- Et papa, ça sera toujours ton amoureux ?
- J'espère, oui. Et toi aussi, un jour, tu auras une amoureuse.
- Moi, je veux avoir une amoureuse maintenant.
- Ah bon, et pourquoi ?
- Pour me MAAAARIER !

Je déclare la période des grandes questions existentielles officiellement ouverte.

1.3.12

Dans la nuit...


4 h 30 du matin. Arrimée au Brun, je tangue gentiment vers la maison après une soirée bien arrosée. Soudain, une femme nous aborde. Elle se tient très droite dans un long manteau noir avec le col relevé autour du cou. Elle est... classe. C'est le premier mot qui me vient à l'esprit. Pourtant, le reste de sa tenue ne laisse subsister aucun doute sur la précarité de sa situation et malgré sa beauté, le visage encadré d'une courte chevelure brune porte les stigmates de la galère. "Excusez-moi, vous auriez un euro ou deux ?" On commence à fouiller nos poches, mais elle poursuit déjà :  "Dites, mon ami et moi, on est à la rue. On peut se reposer un moment chez vous ?" Euh... non. C'est là que tu mesures le fossé entre celle que tu voudrais être, qui n'hésiterait pas un instant à ouvrir son canapé-lit à un SDF pour la nuit, et celle que tu es, qui flippe complètement à l'idée de laisser entrer deux inconnus chez elle. Elle insiste : "Il faut m'aider, parce que j'ai peur. Je ne sais pas ce qu'il a, je ne l'ai jamais vu comme ça." Je regarde son compagnon, avec sa figure couverte d'ecchymoses, qui gesticule sans nous prêter attention. On propose de l'emmener prendre un café.
Pendant qu'elle ramasse ses affaires éparpillées sur le trottoir pour les enfourner à la hâte dans deux grands sacs plastique, l'homme s'approche et la prend violemment à partie. Le Brun le repousse en douceur, nous attrapons chacun un sac et nous nous mettons en route dans la rue déserte. Elle nous dit : "Je suis fatiguée. J'ai accouché il y a quatre mois." Effectivement, le Brun se souvient de l'avoir vue enceinte quelque temps auparavant. Elle marche très vite, quelques mètres devant, tandis que lui sautille tout autour et interpelle les rares passants pour réclamer une cigarette. De temps en temps, il pose des questions. Il veut savoir si on est mariés, si on a des enfants... Il la bouscule à nouveau, pas très fort, et n'insiste pas lorsque le Brun s'interpose. J'admire mon amoureux qui garde le sourire et lui parle calmement, sans agressivité. Quand on arrive à Saint Paul, tout est fermé. Manifestement, Les Chimères n'ouvrent plus toute la nuit. Je pense à mon lit, j'ai honte de penser à mon lit et j'ai envie de pleurer.
On continue à remonter la rue de Rivoli vers l'Hôtel de ville, dans l'espoir de trouver un café ouvert. Place du Bourg-Tibourg, il y a de la lumière à l'Etincelle. A l'entrée, le sourire du gérant s'étiole dès qu'il voit les sacs plastique et le couple derrière nous. Je m'approche : "On voudrait prendre un café, mais il ne faut pas laisser le monsieur entrer." Le type m'écoute à peine, il fait un signe au videur et c'est ce dernier qui me répond : "Personne ne va prendre de café, je vous prie de sortir." Le Brun est toujours aussi calme. Il parlemente : "Ce monsieur est un peu agressif, elle a peur de rester seule avec lui." L'autre secoue vigoureusement la tête : "Non, c'est pas possible." Je commence à m'énerver : "Et donc, ça ne vous gêne pas s'il la brutalise devant votre établissement ?" "Il ne lui fera rien. Je les connais, ils sont tout le temps dans le coin." Le Brun insiste : "Sauf que là, elle dit qu'elle ne l'a jamais vu comme ça." Le videur hausse les épaules. On se tourne vers la femme : "Vous voulez qu'on appelle la police ?" Elle est plantée au milieu de la terrasse avec ses sacs, le regard vide, tandis que son compagnon s'agite devant le café. Il est 5 heures du matin et on ne sait pas quoi faire. Le gérant s'avance vers le boulevard pour guetter une patrouille de police et le videur promet à contre-coeur de surveiller l'homme. Je lui glisse un billet entre les mains, elle me fait un baiser furtif sur la joue et on repart, comme des voleurs.

On les a revus quelques jours plus tard, sous les arcades de la Place des Vosges. Elle était toujours aussi classe, emmitouflée dans une veste de fourrure blanche. Assise par terre, la tête entre les mains, elle pleurait en écoutant une femme chanter un air d'opéra. Quant à lui, c'est le Brun qui l'a repéré, un peu à l'écart. Au milieu de cette foule de gens qui applaudissaient, il était le seul à tourner le dos à la chanteuse.