"C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule."


11.12.14

Life is a bitch



Ce vendredi-là, je suis arrivée devant l'école à 18h pour récupérer mon fils et j'ai vu sortir un Pois chiche en larmes, avec une grosse ecchymose sous l’œil. J'ai été abordée par une mère qui a aussitôt entrepris de m'expliquer que son gamin - appelons-le Zébulon - avait bousculé le mien sans faire exprès. "Hein Zébulon, que tu l'as pas fait exprès ?" L'animatrice du centre aéré avait l'air dubitatif, mais elle m'a dit que le fautif avait déjà été dûment chapitré par le directeur pendant qu'elle se chargeait de désinfecter et de consoler ma progéniture. La version du Pois chiche, confirmée par les autres enfants, c'est que personne ne voulait jouer avec Zébulon. Et quand, de mauvaise grâce, ils ont fini par le laisser participer à leur bagarre "il n'a pas compris que c'était pour de faux et il m'a poussé très fort et ensuite, il m'a tapé la tête par terre."

J'aurais pu lui rappeler qu'à la crèche, chez les moyens, à l'époque où Zébulon était le seul à ne pas encore marcher, il y avait toujours un gosse pour le bousculer en loucedé ou lui mettre une pichenette au passage et toujours une puéricultrice pour répéter d'un ton las : "Arrêtez d'embêter Zébulon !" Ça n'a pas duré, les tracasseries ont cessé dès qu'il a su marcher. Mais de voir que cette société miniature avait déjà un souffre douleur, ça nous avait un peu attristés, le Brun et moi.

J'aurais pu lui rappeler aussi que deux ans plus tard, quand ils sont tous les deux entrés à l'école, Zébulon, qui devait faire une tête de moins que ses camarades, était sujet à de violentes crises d'asthme qui l'obligeaient parfois à s'absenter plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Demander des nouvelles à sa mère, c'était s'exposer à subir l'interminable litanie des emmerdes que lui causaient Zébulon et sa maladie, la mairie qui refusait de lui trouver un appartement plus grand, la crèche de la petite dernière qui était trop loin de chez elle, la maîtresse qui ne comprenait rien à rien, etc, etc. Autant te dire que je suis rapidement devenue maître dans l'art de l'esquiver.

J'aurais pu lui rappeler enfin ce jour récent où on a croisé toute la famille devant la laverie. Pendant que ses parents et son oncle discutaient sur le trottoir, Zébulon paradait fièrement sur le vélo de grand qu'il venait d'avoir pour ses six ans. J'étais seule avec le Pois chiche et la Mouette et il faisait déjà nuit. Nous avons échangé quelques politesses, puis, profitant de ce que la Mouette taillait la route, j'ai coupé court. Le gosse nous a suivis sur son vélo trop grand pour lui. J'avais à peine parcouru quelques mètres qu'une passante a heurté l'oncle... qui a totalement disjoncté et s'est mis à hurler des insanités au milieu du trottoir. Je ne détaillerai pas plus pour épargner tes chastes oreilles, mais disons simplement qu'il connaissait mille et une façons de nommer les péripatéticiennes et que les pratiques sexuelles hors normes n'avaient manifestement aucun secret pour lui. Je crevais d'envie de lui dire "Vous en étiez à peau de couille, je crois," mais j'ai senti que le moment ne se prêtait pas aux références culturelles. Au lieu de quoi, j'ai attrapé le Pois chiche qui écoutait cette leçon de vocabulaire avec beaucoup d'intérêt, j'ai pris ma fille sous le bras et je me suis enfuie en laissant Zébulon se précipiter à la rescousse : "Mon tonton ! On embête mon tonton !" J'étais partagée entre gêne et fou rire...

J'aurais pu lui rappeler tout ça. Mais je me suis contentée de lui dire que bien sûr, on n'a pas le droit de taper les autres et puis j'ai ajouté que peut-être, Zébulon avait réagi très fort parce qu'il était triste que personne ne veuille jouer avec lui. Et j'ai pensé que, comme disent nos amis les anglais, la vie est décidément une plage pour certains...  

(Et là, tu comprends le choix de la photo qui illustre cet article, à défaut de comprendre mes jeux de mots pourris.)

3.12.14

Monologue d'un Pois Chiche de 6 ans



Moi, plus tard, je serai astronaute. Je serai le premier homme sur Mars. Et je veux aussi être prof de judo... Ou champion du monde, plutôt. Ouais, champion du monde, c'est mieux. Et après, je serai président de la république. Chef du monde, quoi. J'aurai des cadeaux tous les jours et on mangera des frites et des gnocchis à tous les repas. Ah ! Et des pizzas aussi. Comme les tortues Ninjas. Tu sais pourquoi je dis ça ? Hein, maman ? Maman ?! Tu sais pourquoi je dis ça ? Parce que j'ADORE les tortues Ninjas. Eh la Mouette ! Tu veux jouer ? Tu veux jouer avec moi ? Allez, va chercher la balle ! Va chercher la baballe ! Mais je sais que c'est pas un chien ! La Mouette ! Tu me donnes ton feutre ? Bon, je le prends, hein. Je lui ai pas arraché des mains, elle a dit oui ! Enfin, elle a hoché la tête. Je ne comprends pas pourquoi elle pleure... De toute façon, tu t'occupes que de la Mouette et jamais de moi.

Il va rentrer tard, papa ? J’espère qu’on pourra faire la bagarre ! Regarde, c'est un dessin pour toi. C'est les tortues Ninja. Non, ça c'est un arbre. Les tortues, elles sont là. Tu veux être qui, toi ? Pas Donatello, parce que Donatello, c’est moi. Et je viens d’avoir une petite sœur. Comment on va l’appeler ? Non, c’est nul Mona Lisa. Pourquoi pas « La Joconde », plutôt ? Tu sais que Pénélope, elle est un petit peu amoureuse de moi ? C’est Gaspard qui lui a demandé si elle était amoureuse de moi et elle a répondu : « Un peu. » Ah ben attends, pour une fois qu’une fille est amoureuse de moi, évidemment que je suis amoureux d’elle ! Eh la Mouette, t’es amoureuse de ta brosse à dents ? Ouarf ! Ouarf ! T’as entendu ce que j’ai dit maman ? « T’es amoureuse de ta brosse à dents ! ». Eh ! J'ai appris une blague à l'école. C’est un petit garçon qui dit à son papa : « Si on a un chat, on l’appellera comme celui du voisin. Alex. Mais seulement dehors, parce qu'Alex-térieur ! » Ah, celle-là, elle est bonne ! Elle est bonne, hein ? T’as compris la blague ? Alex-térieur ! Alex-térieur ! Elle est bonne, hein ! Le père Noël, il existe pas. En fait, c’est vous qui mettez les cadeaux. C’est vous, hein, maman ? Moi, je veux que tu me dises la vérité. Et la petite souris, c’est vous aussi ? Léo, il n’a pas perdu une seule dent, encore ! Alors que moi, t’as vu, j’en ai perdu deux ! Je suis fort, hein ?

Pour Noël, je sais que si je demande l’Etoile de la Mort Lego, tu vas dire non. Je peux jouer sur l’iPad ? Et sur l’ordinateur ? Sur ton téléphone ? Alors, je peux regarder un film ? Mais maman, je sais pas quoi faire ! Je m’ennuie. On joue au Dobble ? Eh, mais c’est de la triche ! Tu me laisses pas le temps de regarder. Tu réponds trop vite ! Tu sais, j’aime pas trop le Dobble finalement. Si on faisait un Uno, plutôt ? Je vais te ratatiner, je suis le champion du Uno ! Eh la Mouette, ça fait combien 1+1 ? Maman ! Maman, elle a dit « Deux ». Si, je te jure, elle a dit « euh euh. » Je crois qu’elle sait déjà compter. Maaaaaaman ! Elle m’a tapé ! Je lui ai déjà dit « non », mais elle continue ! La Mouette, arrête de me taper ! Regarde, elle me fait un câlin. C'est trop mignon. Viens, je vais te lire un livre. Je suis gentil, t’as vu ? Je lui lis un livre. Tu préfères qui, toi ? La Mouette ou moi ? Nan, je rigole. Tu vas dire que tu nous aimes tous les deux, je le sais très bien. Dis maman, c’est quoi, une « prière » ? Moi, je ne crois pas en Dieu. Parce que ça m’étonnerait qu’il y ait un bonhomme barbu dans les nuages ! Bon, j’ai faim ! Mais j’ai faim, j’ai faim, j’ai faim, j’ai trop faim ! Je peux manger un bout de pain ? Une banane ? Un chewing-gum ? Bon d’accord, donne-moi du fenouil alors. Pourtant, j’ai fini tout mon goûter, je te promets ! Qu’est-ce qu’on mange ? Des gnocchis ? Ouéééé ! Quand est-ce que j’irai à l’école tout seul ? Demain ? Moi aussi, j’aime bien y aller avec toi tu sais. Je veux pas aller à l’école tout seul avant le CM2. Et en plus, t’es la meilleure maman du monde ! Moi, je ne voudrai jamais changer de maman. « Si on a un chat, on l’appellera comme celui du voisin. Alex. Mais seulement dehors, parce qu'Alex-térieur ! » Alex-térieur. Alex-térieur. Alex-térieur. T'as compris la blague, maman ? Elle est bonne, hein ? Je peux te la raconter encore une fois ? Allez steuplé, steuplé, steuplé ! Alex-térieur.

(Et pour lire le monologue d'un Pois chiche de 5 ans, c'est ICI)

1.12.14

J'♥ mon libraire

(visuel @woodcampers)

Je fais partie de ces gens qui ne vont jamais au cinéma seuls. Films ou romans, je préfère partager. Quand j'ai un livre en cours, je raconte l'histoire, je lis mes passages préférés à voix haute, je le conseille autour de moi, je le fais circuler ou au contraire, je le débine d'une phrase lapidaire... Il n'y a pas longtemps, sur Facebook, on a vu fleurir des listes de livres. Il s'agissait de nommer des œuvres qui nous avaient marqués, comme ça, sans trop réfléchir. Et en découvrant les listes de parfaits inconnus, qui apparaissaient mystérieusement sur mon mur, je me suis surprise à avoir envie d'en rencontrer certains - séduite par leurs lectures.

Quand j'achète un livre, ça peut être parce qu'on m'en a parlé, parce que j'ai entendu une bonne critique, parce que j'aime l'auteur, parce que mon libraire le conseille ou tout simplement parce qu'il me fait de l’œil au milieu de ses petits copains... Ce qui est sûr, c'est que quand j'achète un livre, c'est TOUJOURS en librairie.

Alors d'accord, il faut aller jusqu'à la librairie. Ça te permet de faire de l'exercice au lieu de rester assis à pianoter devant ton ordinateur. Quand on pense aux festins pantagruéliques qui t'attendent en cette période de Noël, on peut dire que c'est un service que tu te rends à toi-même, finalement. Et oui, ton libraire n'a pas tout en stock. Mais il commande ce que tu veux. Avec le mien, par exemple, ça prend environ deux jours. Et même si la lecture est évidemment une occupation vitale, tu conviendras qu'on est quand même rarement à 48 heures près. Par ailleurs, ton libraire prend volontiers le temps de chercher avec toi le nom de ce bouquin "dont tout le monde parle en ce moment ! Même qu'ils l'ont adoré au masque et la plume ! Mais siiiii ! Il a une couverture rouge, je crois. Un pavé ! Et le nom de l'auteur commence par un V. Ou un B. Enfin, une consonne, quoi." D'ailleurs, quand on sait qu'en France, le prix du livre est unique depuis 1981 et que donc, ton libraire te prodigue ses conseils de façon totalement gratuite, on peut dire que d'une certaine manière, tu fais même des économies en allant chez lui. D'autant que lui, contrairement à d'autres, il utilise cet argent pour payer ses impôts en France et pour offrir à ses employés des conditions de travail et un salaire à peu près corrects.

Aujourd'hui, sur une belle initiative d'Eliabar, de la Brocante du coeur et de Gaëlle, c'est la journée J'♥ mon libraire. Alors tu me fais plaisir et tu files claquer une ÉNORME bise à ton libraire !



19.5.14

Quelle connerie, la guerre...


Je propose d'en finir tout de suite avec les sujets qui fâchent : je n'ai aucune excuse valable pour justifier ce long silence. Je te dirais bien que j'ai eu un autre enfant, mais à force, tu vas finir par avoir des doutes. Et le pire, c'est que non contente de ne donner aucun signe de vie pendant des jours et des jours (et des mois et des années, même), je ne vais pas du tout te faire rire aujourd'hui. J'ose à peine l'écrire, mais je vais te parler lecture et documentaire. Quand je pense que mon blog porte le nom d'un bordel de Saïgon... Le respect s'perd, ma bonne dame.

Bref, voici donc une petite sélection culturelle avec la guerre en fil rouge pour achever de te foutre le moral dans les chaussettes les jours de pluie et de grisaille... Comme tu le sais sans doute, à moins d'avoir passé le 20ème siècle sur Mars, on commémorera cette année le centenaire de la déclaration de guerre de 1914. Il y a donc pléthore d'oeuvres sur le sujet, aussi bien à la télévision que dans les librairies (mais aussi au musée, d'ailleurs). Pour ma part, j'ai commencé avec le roman de Pierre Lemaître, Au revoir là-haut, qui a obtenu le prix Goncourt. Tu peux aller en lire un extrait là (clic). La première scène est magistrale. Décrite du point de vue de chacun des trois personnages principaux, c'est la seule finalement qui parle vraiment de la guerre et elle te met tout de suite dans le bain : ça se lit d'une traite et c'est très cinégénique. On pense forcément à l'immense Johnny Got His Gun. Par ailleurs, j'ai récemment découvert qu'un autre auteur de polar s'était penché sur cette période. Il s'agit de Thierry Bourcy, qui a écrit les aventures de Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18. Cinq histoires rassemblées dans un même recueil. En gros, on suit une poignée de soldats d'un bout à l'autre de la guerre. L'hommage à Arsène Lupin est assumé. Personnellement, j'ai quand même trouvé que les intrigues n'étaient pas à la hauteur, mais c'est peut-être parce que j'étais meilleur public à l'âge où j'ai lu Maurice Leblanc. Par contre, si le sujet t'intéresse, la description de la vie dans les tranchées est passionnante. Et ce fossé terrible entre le front et l'arrière pose déjà la question de la place laissée aux anciens poilus dans la société d'après-guerre. Pour finir, tu peux mettre des images sur tout ça avec le très bel album de Fred Bernard et Emile Bravo, On nous a coupé les ailes. Un texte juste et émouvant, mais sans pathos, sur l'horreur de la guerre.

Ensuite, j'ai enchaîné sur la deuxième Guerre mondiale. Avec d'abord Le Nazi et le barbier, d'Edgar Hilsenrath. L'auteur de Nuit y retrace le destin hors du commun de Max-Schulz-devenu-Itzig-Finkelstein, un ancien SS qui endosse l'identité d'un Juif sioniste pour échapper à la justice. Un récit empreint de cet humour décapant typique des blagues juives où l'absurde côtoie le désespoir et touche à l'universel.

Mais LE livre qui m'a bouleversée ces derniers temps, c'est Kinderzimmer, de Valentine Goby. Depuis, je le recommande à tous ceux que je croise. Contrairement à Nuit, par exemple, qui décrit un monde où l'humanité n'est qu'un vernis qui s'écaille dès qu'il est question de survie, on sent ici une vrai foi en l'être humain et son extraordinaire résilience. Comme le dit Valentine Goby elle-même : «D’abord, il y eut cette rencontre, un jour de mars 2010 : un homme de soixante-cinq ans se tient là, devant moi, et se présente comme déporté politique à Ravensbrück. Outre que c’est un homme, et à l’époque j’ignorais l’existence d’un tout petit camp d’hommes non loin du Lager des femmes, il n’a surtout pas l’âge d’un déporté. La réponse est évidente : il y est né. La chambre des enfants, la Kinderzimmer, semble une anomalie spectaculaire dans le camp de femmes de Ravensbrück, qui fut un lieu de destruction, d’avilissement, de mort. Des bébés sont donc nés à Ravensbrück, et quoique leur existence y ait été éphémère, ils y ont, à leur échelle, grandi. J’en ai rencontré deux qui sont sortis vivants de Ravensbrück, ils sont si peu nombreux, et puis une mère, aussi. Et la puéricultrice, une Française, qui avait dix-sept ans alors. C’était un point de lumière dans les ténèbres, où la vie s’épuisait à son tour, le plus souvent, mais résistait un temps à sa façon, et se perpétuait : on y croyait, on croyait que c’était possible. Cette pouponnière affirmait radicalement que survivre, ce serait abolir la frontière entre le dedans et le dehors du camp. Envisager le camp comme un lieu de la vie ordinaire, être aveugle aux barbelés. Et donc, se laver, se coiffer, continuer à apprendre, à rire, à chanter, à se nourrir et même, à mettre au monde, à élever des enfants ; à faire comme si. J’ai écrit ce roman pour cela, dire ce courage fou à regarder le camp non comme un territoire hors du monde, mais comme une partie de lui. Ces femmes n’étaient pas toutes des héroïnes, des militantes chevronnées, aguerries par la politique et la Résistance. Leur héroïsme, je le vois dans l’accomplissement des gestes minuscules du quotidien dans le camp, et dans ce soin donné aux plus fragiles, les nourrissons, pour qu’ils fassent eux aussi leur travail d’humain, qui est de ne pas mourir avant la mort. Mila, mon personnage fictif, est l’une de ces femmes. Kinderzimmer est un roman grave, mais un roman de la lumière.»

La puéricultrice de la pouponnière, c'est Marie-José Chombart de Lauwe, une jeune Bretonne entrée en résistance à 17 ans et déportée à 20, qui n'a eu de cesse de témoigner sur les camps. Je t'avoue que j'ai découvert son nom en le lisant dans les remerciements, je n'avais jamais entendu parler d'elle. Du coup, je suis allée faire quelques recherches, par curiosité, et je suis tombée sur cette interview incroyable qu'il faut vraiment aller écouter.

Bon, j'étais partie pour te parler aussi de The Kill Team, un documentaire diffusé par Canal + la semaine dernière, sur des soldats américains qui se sont mis à tuer par plaisir en Afghanistan, mais je vais en garder un peu pour une prochaine fois. Cela dit, si tu as l'occasion de le voir, c'est édifiant.

Y a encore quelqu'un ? Je sais pas pourquoi, je sens que je t'ai perdu, là. J'avais pas menti hein, je t'avais dit qu'aujourd'hui, je ne te ferais pas rire. Allez, promis, la prochaine fois, je te raconte mon expérience extrême sur un train Ouigo entre Paris et Montpellier...

3.2.14

Rongrakatikatong



J'ai kiffé Le Poil quand c'était Java, j'ai fredonné Le Recyclé quand c'était Radio Cortex, j'ai bien bougé mon boule sur Paris Rockin' quand c'était avec Winston "Electric Dread" McAnuff et décidément, malgré ses innombrables mues, R.Wan me fait toujours autant rire... Un vrai poète parigot non ?


24.1.14

J'ai la mémoire qui flanche...




Bon, je vais poser ton sac de judo à côté de mon sac à main, comme ça, je suis sûre de penser à le prendre. Je remplis la feuille de rythme de la Mouette pour la crèche... Voilà, on est bon. Allez zou, on se dépêche, on va arriver en retard à l'école. Attends, je ferme la porte et après je prends Yoda, ok ? C'est marrant, j'ai l'impression d'oublier quelque chose... Ah ben oui, j'ai oublié de te mettre ton pschit dans le nez. Tant pis, on en mettra ce soir. Putain, mon téléphone ! Fluck, veux-je dire ! Sapristi de sa mère, j'ai oublié mon téléphone là-haut. Attends-moi, loulou, je remonte chercher mon téléphone. Tu sors pas dans la rue sans moi, hein ? Maintenant on court, on court, on est à la bourre. Enfin, pas trop vite quand même, parce que la Mouette va nous rendre son petit-dej' dans le porte-bébé. Bonjour tout le monde, bonjour la maîtresse, bonjour... toi dont j'ai totalement oublié le prénom. C'est quand, déjà, la visite médicale ? Le 7 février. Faut que je note ça quelque part, je sens que je vais zapper. Enlève ton manteau, loulou. Mais... t'as pas de pull ? Pourquoi t'as pas de pull ? Et merde, j'ai oublié de vérifier avant que tu mettes ton manteau. Crotte de bique, veux-je dire. Allô mon Brun ? T'es encore à la maison, là ? Tu peux faire un détour par l'école, parce que le nain est en chemise. Ceci n'est pas un code, hein. OK, je t'attends devant. Je te mettrai ton pull sur ton porte-manteau, mon chou, d'accord ? Tu le mets avant d'aller en récré. Bonne journée, mon coeur ! Aujourd'hui, c'est Maman-Clo qui vient te chercher. J'ai oublié de le dire à la maîtresse, tiens. Pas grave, elle est sur la liste et de toute façon, je pense que si Elvis lui-même descendait du Ciel en costume lamé pour venir chercher le Pois chiche, personne ne tilterait. Direction la crèche, c'est à ton tour ma choupette. On se déshabille... Je t'ai mis un pull à toi, c'est une bonne nouvelle. Bonjour... PAULINE ! Pardon, j'ai crié. C'est que ça m'est revenu d'un coup. La quoi ? Mais bien sûr, la feuille de rythme ! Alors, je vois parfaitement où elle est. Elle est sur la table du salon. Chez moi, c'est-à-dire. Donc pas du tout ici. Heureusement, je me souviens très bien à quelle heure elle a mangé. Ou presque très bien. Au revoir, ma douce ! A ce soir ! Faut pas que je traîne, moi, 6Francs m'attend déjà depuis une plombe. Je vais prendre le bus. Ça tombe bien, le voilà ! Bonjour monsieur. Oh là là, faut que je pense à racheter des tickets, il ne m'en reste que deux. Putain, j'ai oublié mon livre... Fait chier. Tant pis, je vais regarder IG, ça va m'occuper. Ah, on est déjà à Oberkampf. A Oberkampf ? Sauf qu'on a rendez-vous à Ledru Rollin. Je lui ai dit hier que ça m'arrangeait. Quand on n'a pas de tête, on a des jambes : je file prendre le métro. Mince Francis, je viens de me rendre compte que j'ai oublié de prendre l'écharpe dont je t'avais parlé, tu sais, celle que... C'est ça, celle que tu as autour du cou. Oui, oui, oui, ça me revient, je te l'ai apportée la semaine dernière. Bon, je vais peut-être aller bosser, moi. 12 h 45, c'est bientôt l'heure de manger ! Ça tombe bien, je crève la dalle. Tiens, un texto d'un numéro inconnu. "T'es où ?" Ça doit être une erreur. "C'est qui ?" Pas de réponse, tu vas voir que le gars va même pas prendre la peine de me dire que c'est une erreur. "Heu ben Opio et Peggy." AAAAAAAH, le déjeuner avec Opio et Peggy ! MAIS NON ! Mais c'était demain ! C'était demain, non ? J'étais sûre que c'était demain ! Aaaaah, mais pourquoi ? POURQUOI ? J'ai oublié d'ouvrir ma boîte mail, elles ont dû se fixer rendez-vous par mail ce matin. Mais donnez-moi un cerveau, bordel ! C'est foutu, c'est trop tard. Je me hais. Ouh là, j'avais pas vu l'heure. Faut que je me dépêche d'aller chercher la Mouette. Surtout que je dois m'arrêter pour lui acheter une boîte de lait, ça m'étonnerait que le Brun y ait pensé. Heureusement que je suis là pour penser à tout, je te jure. En parlant de penser à tout, je vais prendre le livre pour Sophie, ce soir. Ça fait au moins deux mois que je dois lui apporter. D'ailleurs, il y en avait un autre pour Peggy, faudra que je pense à le prendre la prochaine fois. Ah, le bus est là ! Fuck, j'ai plus de tickets. J'ai oublié d'en acheter. C'est pas grave, je vais prendre le métro. Et si j'achetais aussi de quoi faire des crêpes, pour le dîner ? "Bonsoir, vous n'oubliez pas qu'on fait la galette de la crèche, demain soir ?" Non, non, je ne pense qu'à ça. Je vais me le tatouer sur le front à côté de ma liste de course. Nan, je déconne. Je vais l'écrire quelque part. J'ai sûrement un papier qui traîne dans mon sac... Voilà, par exemple la facture de Facil'famille que j'ai manifestement oublié de payer. Cette carte que j'ai trouvée chez Merci, "Je n'oublierai plus de dire merci" : j'aurais dû prendre tout le stock. Viens ma Mouette, on va aller retrouver ton frère. J'ai même pensé à t'acheter du lait, c'est pas une bonne nouvelle ça ? Je suis une machine, j'oublie rien. Ce soir, je demande au Brun de me faire une crêpe jambon oeuf fromage, je commencerai à surveiller ma ligne demain. Mais que je suis con, putain ! Pardon, mon chat. Si si, t'as raison, c'est un gros mot. Fichue crétine des Alpes que je suis, je dîne dehors, ce soir ! Adieu ma crêpe jambon. En tout cas, le Brun, t'as pas intérêt à regarder Kaboul Kitchen sans moi. Kaboul Kitchen, c'est le lundi ? T'es sûr ? On a oublié de regarder, j'y crois pas ! Sérieux, faudrait que quelqu'un développe une appli où tu rentres tous les trucs auxquels tu dois penser. C'est ça, un agenda. Ouais, bon. En fait, faudrait plutôt une appli qui te rappelle à la fois de noter les trucs auxquels tu dois penser dans ton agenda ET de regarder ton agenda pour voir à quoi tu dois penser. Une mémoire, quoi.

Et je te jure que j'exagère à peine.

8.11.13

Auprès de ma Blonde



Le proverbe dit que c'est dans l'adversité qu'on reconnaît ses amis. C'est sûrement vrai, mais si tu veux mon avis, c'est surtout dans la maternité qu'on reconnait ceux sur qui on peut compter. Par exemple, il y a les gens avec qui tu as souvent échangé des serments fortement alcoolisés sur le coup de cinq heures du matin et qui continuent à t'appeler au milieu de la nuit (vers 21h30) pour te convaincre d'aller bouger ton boule au Macumba. Mais bien sûr. Et on a droit à l'happy hour sur les consos du Pois chiche ? Ou bien ceux qui sont convaincus que le Brun est le seul à avoir encore une vie sociale digne de ce nom (alors que bon, il n'a quand jamais été invité à un tricothé, que je sache). Ou encore ceux qui voudraient tellement pouvoir t'aider, mais qui ne prennent jamais le temps de boire un café (sauf si tu menaces de te pendre avec ton soutien-gorge d'allaitement)... Et puis, il y a les autres. Les amies qui longent ta route depuis si longtemps que tu les as pour ainsi dire toujours connues, et qui te tiennent à bout de bras quand tu craques, mais aussi toutes ces fées de la blogosphère, qui se sont penchées sur le berceau de la Mouette et l'ont couverte de cadeaux. Celles que je n'ai encore jamais vues, celles que j'ai eu la chance de croiser, celles que je vois régulièrement et celles qui font désormais partie de ma vie.

Pendant les vacances,  la Blonde et son brun m'ont accueillie dans leur palais bourguignon comme une reine - une reine qui trimballait dans ses bagages deux enfants, beaucoup d'angoisse et une immense fatigue. Alors merci à eux pour les promenades dans les vignes, le gratin de courgette, les oeufs en meurette et la pavlova, la chambre du Pacifique, les histoires de famille et la très belle rencontre. Merci pour la douceur de ces quelques jours dans l'animation chaleureuse d'une maison où il y a toujours un apéro au frais pour les copains de passage...