"C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule."


13.9.11

I'll be back


 Salut ! Tu te souviens de moi ? Mais si, c'est moi ! La dernière fois, on avait longuement parlé de mon esthéticienne. Je t'avais dit que je partais en vacances, même que je devais te faire signe à mon retour. J'étais encore jeune et naïve, à l'époque. C'était avant la rentrée.
Aujourd'hui, je t'écris du front. Je n'ai toujours pas trouvé la perle qui ira chercher mon fils en plein milieu de la journée à 16 h 30 à l'école et pour l'instant, c'est moi qui m'y colle.

Mais chaque chose en son temps. Sur les vacances, y a pas grand-chose à raconter - c'est dire si elles étaient bonnes. Qu'il te suffise de savoir que grâce à mon gentil neveu et à ma sainte mère, j'ai réussi à m'enquiller Freedom, le dernier pavé de Jonathan Franzen (dont elle parle très bien) tout en adoptant un hâle du meilleur effet. J'ai aussi pris 750 photos du Pois chiche, de son cousin et de sa cousine en train de faire la bombe dans la piscine. Enfin, surtout le cousin et la cousine. Parce que quand l'eau est passée de 26° à 21° après une journée de mistral, le Pois chiche a rapidement manifesté un certain scepticisme face à toute cette histoire de baignade. Il a décrété qu'il préférait courir autour de la piscine en piaillant joyeusement et en s'arrêtant de temps à autre pour arroser les oliviers d'un pipi viril.



Par ailleurs, j'ai failli être écharpée par la foule en délire à la réception du panier intersidéral de la Soupe de l'espace. L'un a embarqué L'Assassin est au collège et le petit bloc-notes de bidules, l'autre s'est appropriée les boucles d'oreille glace et le joli carnet à secrets avec son cadenas, ta serviteuse a mis de côté Waterloo Necropolis avant qu'on le lui pique et les moules à gâteaux à pois ont servi d'écrin à des muffins absolument infâmes réalisés par moi-même avec l'aide précieuse des enfants. Quant au Pois chiche, il s'est littéralement tordu de rire à la lecture de C'est un livre. C'est vrai que le dialogue entre un singe qui lit L'Île au trésor et un âne qui s'interroge sur cet objet avec lequel on ne peut ni chatter, ni twitter, ni envoyer de textos est absolument irrésistible. Mais quand même, vu que le Pois chiche n'a jamais envoyé de textos, ni twitté et encore moins chatté, je me demande encore ce qui l'a autant fait marrer... L'autre livre, c'était La Bête, un recueil de quatre histoires relatant les mésaventures improbables et absurdes de la Bête éponyme et de ses compagnons. Les illustrations de Géraldine Alibeu sont tout aussi poétiques que le texte de Pei-Chun Shih (une auteure taiwanaise dont je n'ai pas réussi à déterminer si elle écrit en français ou si elle est traduite). Mais le véritable clou de ce panier garni, c'était évidemment le drap de bain Simon. Dès qu'il l'a vu, le Pois chiche s'en est emparé et il s'est mis à le traîner partout avec lui. Je peux te dire qu'avec sa serviette Caca Boudin, le roi n'était pas son cousin. J'ai eu le plus grand mal à la lui arracher pour la laver, une fois à Paris.


Le lendemain de notre retour, quand le Brun est venu l'embrasser avant de partir, le Pois chiche a tapoté le lit d'un air engageant en lui disant : "Pourquoi tu restes pas avec nous, papa ?" "Je ne peux pas, je dois aller travailler." Et le môme, sincèrement désolé : "Mais... Mais tu vas être crevé, ce soir !"


Bon, je comptais te narrer la rentrée dans la foulée, mais c'est trop long. Je te garde ma quête de la nounou idéale pour la prochaine fois (ça, c'est du teasing).

21.8.11

Ce n'est qu'un au revoir



Avant de partir à nouveau en vacances (je sais, ça ne s'arrête plus, je crois qu'il va me falloir une cellule de soutien psychologique pour remettre les pieds sur terre), je te raconte une conversation que j'ai eue il y a quelques jours avec une jeune fille d'une vingtaine d'années (mon esthéticienne, si tu veux tout savoir).

Elle : C'est quand même fou, ce qui se passe en ce moment. Je commence vraiment à croire que l'apocalypse approche ! Vous ne trouvez pas, vous, que le monde tourne sur la tête ?
Moi : Oui, c'est vrai que depuis le début de l'année, une nouvelle extraordinaire chasse l'autre.
Elle : Moi, ça me fait halluciner ! Par exemple, quand j'ai appris qu'FX était mort ? Ben, j'ai halluciné. Vous savez, ce type de la téléréalité ? Comme ça, paf ! il est mort. C'est dingue. Et avant lui, Amy Winehouse ! J'veux dire, les gens meurent de plus en plus. Ils meurent comme des mouches. Non ?

Sur la vie de moi, comme on disait quand j'étais jeune, je te jure que je n'invente rien. Il y a des révolutions dans la moitié du monde arabe, le Japon a connu un séisme cataclysmique suivi d'une catastrophe nucléaire, l'Europe est en faillite, DSK a été arrêté pour viol, les gens meurent de faim dans la Corne de l'Afrique et elle, elle hallucine parce que FX est mort. Je veux dire, moi aussi, j'étais fan d'Amy. Mais quand même.
Remarque bien, maintenant que j'y pense : Oussama ben Laden. C'est peut-être vrai que les gens meurent de plus en plus ? Tu crois que ça risque de m'arriver, à moi aussi ?

Sinon, dans un tout autre registre, figure-toi que j'avais dans l'idée de te mettre un vieux sketch de Guy Bedos qui me fait hurler de rire. Pour te dire à quel point j'étais motivée, j'ai même achetée la vidéo à l'INA pour pouvoir la poster ici. Chais pas, y a dû y avoir une mauvaise connexion au niveau des neurones, j'ai pas pensé une seconde que si elle était payante, c'était justement parce qu'on ne pouvait pas la mettre en ligne... Forcément. Bref, je vais bêtement te donner le lien pour que toi aussi, tu te marres comme une baleine devant ton écran, mais c'est quand même contrariant. Sans parler du fait que rebelle comme t'es, tu vas pas cliquer et ça, tu vois, ça me chagrine (technique dite de la mère juive).

Allez, fais-toi plaisir. Ça s'appelle L'Annonce faite à Odile (clic). 

Moi je reviens en septembre parce que là où je vais, y a du soleil et une piscine, mais y a pas internet.
 

18.8.11

Un cri dans la nuit ou le récit du panier garni


Des cris suraigus percent le silence paisible de cet après-midi* estival... Pas de doute, un porc est en train de se faire égorger quelque part dans l'immeuble. Les voisins se postent prudemment à leur fenêtre pour évaluer la gravité de la situation. La dame du troisième claironne aussitôt son verdict à la cantonade. C'est la traînée du sixième qui s'est fait trucider. Depuis le temps qu'elle ramène des types louches chez elle, fallait s'y attendre ! L'agent immobilier du rez de chaussée penche plutôt pour une sieste crapuleuse chez le jeune couple du premier, mais il se garde bien de donner son avis. Il regagne ses pénates en soupirant d'un air rêveur. Au milieu de la cour, le concierge fait des moulinets dans le vide pour paraître plus imposant. Dressé sur ses ergots, il s'efforce de gagner quelques centimètres pour faire oublier son mètre soixante. S'il choppe le petit plaisantin qui brave son autorité, il va lui causer du pays ! Sûrement le propriétaire du kébab, déjà qu'il laisse ses clients téléphoner dans la cour. A force, on se croirait au souk, vous comprenez ? 
Tout à coup, un nouveau hurlement les fait sursauter tous en cœur.  
Ouéééé, j'ai gagnééééééééééééé ! 
Par la fenêtre ouverte du deuxième étage, tout le monde me regarde avec ahurissement faire la danse de St Guy dans un bureau vide. Et oui, les gens... J'ai gagné le concours de la soupe de l'espace et c'est kiki, le petit veinard qui va faire son persil avec une serviette à l'effigie de Simon, le lapin caca boudin ? C'est mon Pois chiche joli, pardi !

Merci la soupe de l'espace !

(Cherche pas, la photo n'a absolument rien à voir avec la choucroute - ou plutôt avec le panier garni.)
* NDLR : oui, en fait c'était l'après midi, mais "un cri dans l'après-midi", tu reconnaîtras que c'est tout de suite moins vendeur et donc, tu excuseras cette légère licence narrative.

15.8.11

Ressourçons-nous

Une sieste dans l'herbe à l'ombre d'un grand arbre avec mon amoureux, mon polar et mon Pois chiche. Un de ces rares moments de bonheur parfait.

Voilà, je participe in extremis au jeu de la Soupe dans l'espace.






13.8.11

A fond de train



Les vacances, c'est un sujet douloureux, à la maison. Parce que le Brun n'aime pas ça.

♫ Vous venez d'entrer dans la quatrième dimension ♫

Oui, tu as bien lu. Le Brun n'aime pas les vacances. Tu savais qu'il y avait des gens qui n'aimaient pas les vacances ? Moi non plus. Eh bien crois-moi, c'est pénible. Par contre, il aime la montagne. (Or pour ma part, si tu as lu ma vie mon oeuvre en trois volumes, tu sais désormais que je ne skie pas) (remarque bien que si je savais rider comme le Brun, j'adorerais ça) (c'est la phase apprentissage qui m'emmerde). Comme tu l'auras deviné, elle préfère l'amour en mer. La plage. Le sel dans les cheveux. Les vagues qui te lèchent les pieds. Le sable entre les orteils. Les nuages qui se balancent dans le ciel au rythme de la houle quand tu fais la planche. L'odeur de la crème solaire. Les cris des gamins qui s'évanouissent quand tu sombres doucement dans le sommeil sur ta serviette... La mer, quoi.

Sauf que le Brun, il n'aime pas trop trop ça, la mer. Il a chaud, il cherche de l'ombre, il s'ennuie, y a trop de vent pour lire, les gens l'énervent, le soleil l'éblouit, il a chaud, l'eau est trop froide, il a faim, il veut jouer au ballon, il a du sable dans son maillot, il a chaud, il en a marre, il veut rentrer, ça fait des heures qu'on est là... Quant au Pois chiche, il a du sable dans ses sandales et il veut pas se baigner parce que c'est froid. Finalement, il veut bien se baigner, mais que les pieds. Et une fois qu'il a les lèvres bleues et qu'il tremble comme un parkinsonien en phase terminale, il refuse catégoriquement de sortir de l'eau. Après, il veut faire un château, mais c'est toi qui le fais. Il a soif. Il a faim. Il a chaud (tiens, ça me rappelle quelqu'un). Il veut pas mettre son chapeau. Il veut bien que tu lises, mais seulement si c'est un Barbapapa... J'ai longtemps cru qu'à terme, le petit d'homme et son père s'occuperaient mutuellement, m'offrant ainsi de longues heures de lecture à peine interrompues par des cris enthousiastes après un bref coup d'oeil à leur château de sable. Bien sûr, bien sûr. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu... Vas-y, tu peux te gausser.


Alors en tant que chef des vacances (comprends que c'est moi qui dois tout organiser), j'ai fini par renoncer à la Thaïlande, au Canada, à l'Italie, à l'Espagne et au Portugal pour me rabattre sur le Lot et la Bretagne. Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit, la France est un merveilleux pays et j'étais absolument enchantée d'en visiter des recoins encore ignorés. C'est juste qu'au départ, j'étais partie sur un truc plus ensoleillé dépaysant, vois-tu. Bref.


Du coup, on a pris le train. Beaucoup. Des heures et des heures des jours et des années même de train. A défaut de m'immoler par l'eau devant chez Météo France, j'ai entrepris de combler le déficit de la SNCF à moi toute seule. Ah ça, je peux te dire qu'on l'a sillonné en long, en large et en travers, le réseau de chemin de fer français, de Paris à Lyon, de Lyon à Cahors via Montpellier et Toulouse, de Cahors à Paris, et enfin de Paris à Guingamp via Rennes, aller et retour.

Voilà, voilà, tout ça pour te faire savoir que le Brun et moi-même sommes désormais champions du monde en divertissement de demi-portion dans le train TOUTES catégories confondues, du compartiment zen à la voiture bar en passant par les relais H et le café de la gare. La preuve par l'image... (et la suite au prochain numéro)





22.7.11

Foutraque



C'est dommage, j'étais partie pour te faire un billet à l'image du temps... J'avais trouvé quelques idées plutôt pas mal à base de pluie sur la ville, de mon coeur qui sans amour et sans haine a tant de peine, de ciel bas et lourd qui pèse comme un couvercle, un vrai petit bijou, je te dis que ça. Sauf qu'entre temps, j'ai découvert que je m'étais fait doubler par Paul et Charles, ces vieux chacals. C'est quand même fou le français ! Y a pas moyen d'écrire un truc un peu joli sans que quelqu'un l'ait déjà écrit avant toi. Bref.

Du coup, je sais pas. Chuis plus inspirée. Je peux même pas te parler de mon Pois chiche, sujet inépuisable s'il en est, vu qu'il s'éclate chez ma mère depuis 10 jours et que la plus longue phrase que j'ai réussi à lui soutirer au téléphone, c'est : "Je peux pas te parler, je fais pipi sur les fleurs." Suivi d'une espèce de bruit indistinct qui ressemblait à "Mchhhhhm". Je t'avoue que je me suis demandé s'il n'avait pas joint le geste à la parole en urinant sur le combiné... Dans le doute, je préfère penser qu'il m'envoyait un baiser pour clore cette passionnante conversation.

J'en profite quand même pour te dire que je suis allée voir Chico & Rita, un très joli film d'animation espagnol. Et comme je suis assez peu douée pour la critique de cinéma, je te conseille d'aller lire cet excellent article du Monde (clic) qui te dira tout le bien que j'en ai pensé. Et j'ajoute même la bande-annonce, pour te mettre l'eau à la bouche.



Si tu vis sous les mêmes latitudes que moi, tu as sans doute remarqué la pluie, le ciel gris, l'été pourri, etc. J'imagine donc que toi aussi, tu as le moral dans les chaussettes (en poil de chameau, vu la température actuelle). Personnellement, je fais le combo grands travaux, état proche de l'idaho et compte en banque à zéro.



Mais j'ai déjà pris une décision radicale. S'il pleut pendant toutes les vacances, sache qu'à mon retour, j'irai m'immoler par l'eau devant Météo France. Sur ce, à dans quinze jours.

13.7.11

Zéro Pointé !



Et voilà, la crèche, c'est fini (Capri aussi, rapport au fait que le paysage le plus romantique de nos vacances se situera sans doute entre Cahors et Guingamp, mais c'est une autre histoire...)

Lundi matin, c'était le dernier jour du Pois chiche. Alors on avait préparé des petits sachets individuels de sablés faits maison pour remercier les dames de la crèche et j'avais aussi acheté une boite de macarons pour les dames de la cantine. Je sais, je sais, moi aussi ça me fait un peu penser aux dames du bois de Boulogne tout ça... Ah non, pas toi ? Au temps pour moi. Toujours est-il que c'est comme ça qu'on les appelle, à la maison. Fier comme un bar tabac, le Pois chiche tenait absolument à donner les macarons lui-même. Sauf qu'hélas, erreur fatale, il a tendu la boite à une des dames de la crèche.
Imagine la honte quand j'ai dû la lui reprendre en disant : "Euh non, ça c'est pas pour vous. C'est pour... Pour les dames de la cantine, quoi." C'est comme ça que j'ai découvert qu'on parle plutôt de "l'équipe technique". Et que les dames de la crèche sont en fait des "auxiliaires de puériculture". C'est vrai que maintenant que j'y pense, "dame de la crèche", ça le faisait moyen pour Bernard...
Enfin bref, pour en revenir à nos moutons et à notre auxiliaire, je te prie de croire qu'au moment où les macarons lui ont filé sous le nez en échange d'un pauvre sachet de sablés, elle a failli me sauter à la gorge. J'ai lâchement murmuré : "C'est le Pois chiche qui les a faits..." C'était totalement faux, il s'est contenté de bouffer la pâte crue et de me niquer toutes mes jolies étoiles filantes avec ses mains pleines de doigts, mais je me suis dit qu'elle n'oserait pas me les balancer en travers de la figure sous ses yeux. Et j'ai conclu dans un souffle inaudible : "Vous avez vu, il a même écrit votre initiale dessus avec du masking tape..." avant de me rappeler qu'il ne savait pas écrire (mais qu'est-ce qu'ils leur font faire pendant ces trois ans, je vous le demande ?!) et de filer vers la sortie sans demander mon reste.

N'empêche que j'ai bien failli verser ma petite larmichette, hein ! Tout ça à cause de Lina. Une drôle de petite brunette que les enfants adorent et qui le leur rend bien. Une femme d'une gentillesse incroyable, du genre à consoler ton gosse inconsolable quand tu pars le matin et à prendre le temps de te raconter par le menu ce qu'il a fait de sa journée quand tu viens le chercher le soir. Du genre à savoir exactement quel livre choisir pour chacun des 15 petits de la section au moment de Noël. Du genre à offrir au Pois chiche une peluche Barbouille et à lui refiler en loucedé dans le casier parce que c'est IN-TER-DIT. Du genre à sanctionner les bêtises en agitant vigoureusement l'index et en grondant d'une voix qui tremble de rire : "Zéro pointé, hein !" Du genre, le dernier jour de crèche, à me tendre un cadeau pour le nain accompagné d'un petit mot qui dit : "J'ai bien rigolé cette année, avec le Pois chiche et son grand copain A. C'est grâce à ces moments-là que j'aime tant mon métier." Du genre à le faire avec les yeux humides...
Alors comme moi aussi, je lui avais apporté un cadeau un peu spécial, on s'est échangé les paquets sans rien dire avec des airs de conspiratrices. J'ai juste réussi à chevroter que je lirais le mot plus tard, parce que j'avais trop peur de fondre en larmes, et on est vite partie chacune de son côté sans se regarder davantage.

Et le Pois chiche, me diras-tu ? Rassure-toi, l'émotion ne lui a pas fait perdre le nord. Il a fait son regard de chat potté aux dames de la cantine à l'équipe technique jusqu'à ce que quelqu'un lui refile un macaron et il est allé se le boulotter dans son coin sans en donner une seule miette aux copains qui le regardaient la bave aux lèvres. M'est avis qu'il est tout à fait prêt pour l'école çui-là.